Paris: La culture squat au secours de la création culturelle

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Publié le 16 septembre 2013.

SOCIETE – Face au manque de lieux de création, des «espaces de travail artistique temporaire» se multiplient à Paris...

La façade est discrète. Derrière la grande porte métallique du 14-16, rue du capitaine Marchal (20e), se cache pourtant un lieu singulier. «Un espace des possibles», comme le nomme Vincent Prieur. Cofondateur de l'association Curry Vavart, qui gère ce lieu, le trentenaire nous fait visiter les 600m2 de cette ancienne carrosserie, transformée en «espace de travail artistique temporaire».

Squatté dès 2003 par des artistes, puis racheté par la mairie en 2005, «Le Marchal» est géré par le collectif depuis 2012, dans le cadre d'une convention signée avec la municipalité. Mais cela ne change pas pour autant la philosophie des occupants.

Occupation éphémère

«On reste sur de l'occupation éphémère, nomade et on le revendique», explique Vincent Prieur. Le mode de fonctionnement reste donc inspiré de la culture squat. Et se base sur une économie sociale et solidaire, prônant le partage et la mutualisation.

Une recette que le collectif applique aussi à un autre lieu, qu'il gère dans le 18e. Les 1.600 m2 du Shakirail, ouvert en 2011 au 72 rue Riquet, après avoir signé une convention avec la SNCF, proposent également des espaces de travail, des ateliers de plasticiens ou des lieux de répétition pour la danse, le théâtre ou la musique. Un festival y est même organisé, du 11 au 17 septembre.

Démarche volontariste

Et il y a de la demande. En 2012, ce sont ainsi 80 compagnies de théâtre, une cinquantaine de plasticiens et une trentaine de groupes de musiques qui ont profité de ces lieux. En une année et une soixantaine d'événements, la centaine de membres actifs du collectif estime avoir ainsi touché quelque 10.000 «sympathisants», qui ont tous signé un listing de soutien.

Car ce genre de lieu «joue un rôle culturel important», estime-t-on à la Mairie de Paris, qui prend en charge les travaux de mise aux normes, au moment de la signature de convention. Il y a donc un «engagement fort» et une «démarche volontariste» envers ces collectifs. Une vingtaine sur la capitale.

Si certains ont fait le choix de ne pas signer de convention, «cela est de plus en plus rare», estime-t-on à la Mairie. Car «tout le monde a bien compris l'intérêt commun», face à la rareté du foncier et la forte demande de lieux pour les pratiques culturelles. Même les bailleurs sociaux, plutôt que de payer du gardiennage le temps d'une réhabilitation d’immeuble, acceptent que ces collectifs s'y installent provisoirement.

L’exemple du 59 Rivoli

Mais ces nouveaux liens avec les institutions ne sont pas sans susciter quelques débats au sein même des collectifs. Notamment sur la nature de leur occupation. En terme juridique, «il ne s'agit plus de squat», explique en effet Vincent Prieur. Mais «ce qu'on y fait et notre manière de le gérer viennent de la culture squat».

Alors, même si l'action militante concernant le volet logement est ici mise de côté, «on va de plus en plus vers ce type de partenariat», explique le cofondateur de Curry Vavart. Des squats célèbres, comme le 59 Rivoli, sont d'ailleurs devenus des équipements culturels, contribuant au développement de ce mode de fonctionnement.

Quant à la liberté d'action, elle resterait intacte. «Il n'y a jamais eu aucune forme d'ingérence de la municipalité», précise Vincent Prieur. Raison de plus, pour Curry Vavart, de continuer à «ouvrir des lieux pour partager», loin des «espaces policés». Et d’y inventer «une nouvelle manière de penser la ville».

* Mathieu Gruel

 
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