Jugé pour «exhibitionnisme», un randonneur naturiste trouve que la loi n’est pas au poil

JUSTICE – L’homme qui effectuait une «randonnue» a déposé une question prioritaire de constitutionnalité, alors qu’il risque un an de prison…

Vincent Vantighem

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Des "randonudeurs".

Des "randonudeurs". — HOERSELJAU HANSJOERG/SIPA

Il s’est jeté dans les fourrés et s’est même «griffé» les parties intimes dans les ronces pour éviter d’être vu. Mais cela n’a pas suffi. Un homme de 51 ans, adepte de la randonnée naturiste, pourrait être condamné à un an de prison, mercredi, par le tribunal de Périgueux (Dordogne) pour «exhibition sexuelle».

«Une pratique en harmonie avec la nature»

Lors de l’audience, début juillet, ce professeur d’agro-alimentaire dans un lycée professionnel, a raconté avoir voulu profité du beau temps, en février 2013, en allant se balader dans les bois de la Roche-Chalais au nord de la Dordogne. «J’avais cette pratique de la randonnée naturiste, une pratique en harmonie avec la nature. Je recherchais des lieux très isolés sur des chemins où je pouvais me cacher facilement.» Manque de bol: c’est justement le coin qu’avait choisi une grand-mère pour une promenade avec son petit-fils.

Apercevant le loup au loin, cette grand-mère n’a pas hésité à pousser ses investigations pour s’assurer qu’elle n’avait pas fantasmé. Vérification faite, elle a relevé la plaque d’immatriculation du randonneur avant de le communiquer aux gendarmes.

«Mon client n’avait pas la volonté d’imposer la vue de ses parties génitales»

Si le procureur est à l’origine des poursuites pour «exhibition sexuelle», il a pourtant requis la relaxe lors du procès. «Il a été convaincu que mon client n’avait pas la volonté d’imposer à autrui la vue de ses parties génitales, explique son avocat Tewfik Bouzenoune. Mais on ne sait pas ce que le tribunal en pensera. Il peut toujours le condamner à un an de prison.»

Pour éviter cela, l’avocat n’a pas hésité à déposer une question prioritaire de constitutionnalité. Selon lui, l’article 222-32 du Code Pénal n’est pas assez clair. «L'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende», précise le texte. Si le tribunal juge sa question sérieuse, il peut alors transmettre la demande au Conseil Constitutionnel qui pourrait, comme pour le délit de «harcèlement sexuel», demander au Parlement de pondre un texte plus précis.

«Loin du pervers à la sortie d’école»

«Dans cette affaire, on est loin du pervers qui se promène aux sorties d’école, défend Sylvie Fasol, présidente de l’Association pour la promotion du naturisme en liberté (Apnel). Mais s’il était condamné les conséquences pourraient être désastreuses…» Outre la prison et une peine d’amende, le prévenu risque aussi de voir son nom figuré au fichier des délinquants sexuels, voire de perdre son travail de professeur.

Baptisée «randonnue» par les spécialistes, la randonnée naturiste aurait près de deux millions d’adeptes à travers la France, selon l’Apnel.

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