Du pain et du fromage.
Du pain et du fromage. - Gerard Lacz / Rex Featu/REX/SIPA
Audrey Chauvet

Dire des Français qu’ils sont arrogants, paresseux ou sales, passe encore. Mais s’en prendre à la gastronomie française, c’est atteindre le pays dans sa chair. Les Américains l’ont bien compris: le French-bashing, qui consiste à rabattre un peu violemment le caquet du coq français, n’épargne pas nos assiettes. Petit tour de table des aliments que les Américains adorent critiquer.

La baguette

«Les Français ne sont plus amoureux. Pas de leur système de santé gratuit, ni de leurs courtes semaines de travail ni de leurs longues vacances du mois d’août. Mais du pain.» Voilà comment le New York Times ouvrait son article sur la campagne «Coucou, tu as pris le pain?» de l’Observatoire du Pain. La baguette, emblème de la France, semble cristalliser toutes les idées reçues sur la France. Ainsi, lorsque le Wall Street Journal accuse (à raison) les baguettes françaises d’être molles, le sous-texte est clair et la puissance virile du French lover en prend un coup.

Les frites

Pour nous, les frites, c’est belge. Mais pour les Anglo-Saxons, les frites sont des «French fries». Pas étonnant donc que dès qu’un malentendu surgit entre nos pays, les pommes de terre frites soient rebaptisées. Ainsi, en 2003, alors que la France s’opposait à une intervention en Irak, les cafétérias de la chambre des représentants des Etats-Unis les ont renommées «Freedom fries» sur leur menu.

Le foie gras

Il faut être une brute épaisse pour enfoncer un tube de nourriture dans la gorge d’une oie et la gaver jusqu’à ce que son foie n’en puisse plus. C’est du moins ce que pensent les Californiens, qui ont banni le foie gras de leur Etat depuis le 1er juillet 2012. Si en France aussi, des mouvements végétariens ou de protection des animaux s’insurgent contre ce qu’ils jugent être de la maltraitance, le foie gras a toujours la cote. Y compris aux Etats-Unis où les restaurateurs témoignent que la législation californienne n’a pas réellement eu d’impact sur sa consommation.

Le roquefort et la mimolette

Parmi nos multiples et odorants fromages nationaux, le roquefort est la tête de Turc des Américains. En 1999, l’Union européenne avait refusé d’importer de la viande bovine américaine après un scandale de viande aux hormones. La réplique fut cruelle pour les amateurs américains de fromage bleu: 100% de taxation sur les importations de roquefort. Résultat: du fromage à 30 euros le kilo, du luxe. Quant à la mimolette, fromage du nord de la France imitant l'edam hollandais, elle a été purement et simplement bannie des Etats-Unis en juillet dernier pour une sombre histoire de mites. Save the mimolette, un groupe de soutien au fromage orange, s'est d'ores et déjà constitué sur Facebook.

La paix du Cronut?

La dernière folie culinaire en date outre-Atlantique, le cronut, est l’invention d’un pâtissier français. Dominique Ansel a lancé dans sa boutique new-yorkaise cette pâte à croissant frite, roulée dans le sucre et fourrée de crème vanille (pas d’utilisation prolongée sans avis médical). Cadeau pour les Américains ou vengeance, à chacun de juger.