Accidents de train: «La loi des séries n'existe pas»

DÉCRYPTAGE – Après un mois de juillet particulièrement meurtrier pour le transport ferroviaire, pas question pour autant de flipper en prenant le train...

Mathieu Gruel

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Lieu de l'accident ferroviaire survenu le 24 juillet 2013 près de Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne.

Lieu de l'accident ferroviaire survenu le 24 juillet 2013 près de Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne. — O. CORRAL/CHINE NOUVEL/SIPA

Qu'est-ce qui cloche avec le train? Une terrible loi des séries se serait-elle abattue sur le rail en ce mois de juillet 2013? Après les catastrophes ferroviaires de Brétigny-sur-Orge, Saint-Jacques de Compostelle en Espagne et Granges-près-Marmand en Suisse romande, il n'en fallait pas plus pour terroriser le pauvre voyageur estival.

Heureusement, prendre le train pour rallier son lieu de villégiature ne se soldera pas forcément par une catastrophe ferroviaire. «La loi des séries n'existe pas», rassure Nicolas Gauvrit. Pour le co-auteur de «Comme par hasard - Coïncidences et loi des séries», il s'agirait en fait d'«une focalisation», notamment des médias, sur un phénomène en particulier. «Après deux accidents dans un lapse de temps très court, les journalistes vont forcément chercher à savoir pourquoi cela est survenu. Quant au public, il sera forcément plus réceptif», détaille-t-il en effet .

Le simple fait du hasard

La répétition d'accidents -de trains pour ce mois de juillet 2013, ou d'avions comme cela avait été le cas en 2005- n'aurait donc pas d'autre explication que le simple fait du hasard. Sauf que, pour beaucoup, il pourrait s’agir d’un acharnement. Une sorte de colère divine. «En fait, c'est une histoire d'attention. Nous avons du hasard une attente excessive d'étalement», explique Nicolas Gauvrit. En gros, «on attend qu'il soit plus régulier qu’il ne l’est», explique-t-il.

Trois accidents de train en quinze jours n'ont donc rien de surnaturel. «Il existe en mathématique ce que l'on appelle le paradoxe des anniversaires», explique l'auteur. Selon cette vérité mathématique qui vient contredire l’intuition, il y a, dans une classe de 23 personnes, une chance sur deux pour que deux élèves voient leur anniversaire tomber le même jour.

Les mathématiques permettraient donc de relativiser ces nombreux accidents de trains. Tout comme elles l’avaient permis pour les crashs d'avions -cinq en 22 jours- survenus en 2005. Plus que la baisse du niveau de sécurité dans les transports aériens, de savants calculs de probabilité avaient en effet permis d’établir qu’il y avait une chance sur 500 pour que surviennent ces cinq crashs sur une telle période.

Théorie du complot

Tout ne serait donc qu'une question de hasard et d'«attention que nous portons à ces événements», assure Nicolas Gauvrit. «Comme lorsque l'on remarque plus facilement les femmes enceintes, parce que nous en avons une dans notre entourage.»

Mais les croyances ont la vie dure. «Ne dit-on pas: "Jamais deux sans trois"?» rappelle l'auteur. Les deux accidents de trains survenus le 12 juillet 2013 en France -l’un en Haute-Vienne et l’autre à Brétigny-sur-Orge- auraient donc très bien pu être suivis d'un troisième. Cela aurait même pu s’expliquer mathématiquement.

Mais devant le rapprochement des catastrophes et une certaine similitude dans leur déroulement, impossible d’empêcher quelques fantasmes de germer, «voire de faire naître des théories du complot», remarque Nicolas Gauvrit. Car sans aller jusque là, le hasard peut tout de même avoir ses limites. «C’est sûr que s'il y avait eu, dans trois accidents de trains consécutifs, trois ministres parmi les victimes, ça m'aurait étonné moi aussi.»

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