Calanque de Sugiton, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Calanque de Sugiton, à Marseille (Bouches-du-Rhône). - SUPERSTOCK/SIPA

Jérôme Comin

Quand on part en vacances, on est souvent confrontés à la barrière de la langue. Et pas besoin de se rendre à l’étranger pour être «lost in translation» car la France est riche de divers patois locaux. 20 Minutes vous propose un guide des expressions les plus utilisées selon les régions de France. Et on commence par le Sud-Est.

Dégun = personne

Fréquemment utilisée par les supporters de l’OM et popularisée par le groupe de rap IAM, l’expression «dégun», à prononcer en laissant trainer la dernière syllabe (déguuun), s’utilise surtout dans deux cas précis. Lorsqu’une personne veut montrer qu’elle ne redoute pas la concurrence ou un défi lancé, avec un brin de fanfaronnade quand même.

Exemples: «Avec Payet en attaque, l’OM ne craint dégun en Ligue 1.» ou «J’ai souvent joué aux cartes avec ma grand-mère dans ma jeunesse, alors à la belotte, je crains dégun.»

L’expression est aussi utilisée pour expliquer qu’un endroit où l’on s’est rendu était désert ou ne bénéficiait que d’une faible ambiance. A noter que la prononciation change alors en marquant distinctement les deux syllabes (dé-gun).

Exemples: «Je suis allé dans le restaurant et il y avait dégun.» ou «Cette plage est sympa pour bronzer, il y a toujours dégun.»

Péguer = coller

Peu utilisé au nord de la Loire alors qu’il est pourtant présent dans les dictionnaires français, ce verbe est surtout employé pour désigner une substance un peu poisseuse ou visqueuse qui va coller de façon désagréable comme le sirop, le miel ou la sève.

Exemple: «Ne t’appuie pas sur ce pin, il pègue.»

A noter qu’utilisé avec le préfixe «em» (empéguer), ce verbe change de sens et signifie alors verbaliser «Je me suis fait empéguer par les flics», heurter «La voiture s’est empéguée le trottoir» ou encore enivrer, saouler «Lors de la soirée d’hier soir, on s’est bien empégué».

Maronner = râler, bougonner

Souvent considérés par le reste de la France comme de grands râleurs, les habitants du Sud-Est utilisent un autre verbe quand il s’agit de décrire une personne qui n’est pas satisfaite de ce qui lui arrive.

Exemple: «Le serveur est en train de maronner car je n’ai pas laissé assez de pourboire.»

Escagasser = fracasser, détruire

Tiré de la langue provençale et souvent utilisé dans les films de Pagnol, ce terme s’emploie généralement lors d’une rixe ou quand une personne profère des menaces à l’encontre de son adversaire. A noter qu’il est surtout utilisé par les personnes âgées de plus de 50 ans.

Exemple: «Si tu continues à me prendre la tête, je vais t’escagasser.»

Ce terme est aussi utilisé parfois pour dire de quelqu'un qu'il est fortement agaçant ou enquiquinant. («Joseph, Joseph, tu m'escagasses...» (Le Château de ma mère, Marcel Pagnol.)

Caguer = déféquer, chier, ennuyer

Si le sens premier de ce verbe est destiné à indiquer que l’on a besoin d’aller aux toilettes pour assouvir une envie présente («Bon, je vous laisse cinq minutes, il faut que j’aille caguer»), ce mot est surtout employé lorsque l’on souhaite faire remarquer gentiment à une personne qu’elle est un peu lourde.

Exemple: «Tu commences à me faire caguer avec tes histoires de bébé royal.»

A noter que ce verbe est utilisé dans une expression méridionale un poil imagée qui traduit l’ingratitude d’une personne à qui on a rendu un service.

Exemple: «Fais plaisir à Bertrand (ou Fernand), il te le rend en caguant.»