Déjà 4 300 salariés se sont inscrits sur la plateforme de covoiturage.
Déjà 4 300 salariés se sont inscrits sur la plateforme de covoiturage. - G. VARELA / 20 MINUTES

Du covoiturage en van ou en minibus, à huit ou neuf dans la voiture, des conducteurs qui font plusieurs allers-retours entre les villes chaque semaine: de nouvelles formes de covoiturage sont apparues depuis quelques années. Alors que le système de voyage solidaire se développe fortement en France et en Europe, un nouveau type de conducteur utilise les services des plateformes d’annonces, pour monter leur affaire et en faire des «trajets commerciaux». Les habitués du covoiturage les repèrent facilement par la forme de leur annonce, mais les novices peuvent s’y laisser prendre.

«Il s’appelait Alexander B. Il avait mis une photo d’une Renault Megane, et donc on devait être quatre dans la voiture.» Julie avait réservé son trajet Paris-Lille, en décembre dernier, sur un site de covoiturage. Nom à consonance américaine, pas de photo de profil. «Alexander» avait une trentaine d’avis positifs de covoitureurs, Julie partait donc en confiance. Lorsqu’elle arrive sur le lieu de rendez-vous, la personne dont elle a le numéro de téléphone ne répond pas au nom d’Alexander, et il conduit un monospace à neuf places. 

Elle comprend vite qu’elle ne sociabilisera pas sur ce trajet. Il s’avère plus tard que son conducteur fait trois allers-retours Paris-Lille par week-end, comme il l’explique à la fin du trajet en distribuant ses cartes de visite. Manon, jeune étudiante de 25 ans, a eu une expérience similaire, l’été dernier: «Il est venu me chercher près de chez moi, en avance. J’étais contente. Puis il nous a conduits porte de la Chapelle où on a attendu 30 minutes qu’il trouve des passagers qui veulent faire le trajet jusqu’à Bruxelles. J’avais l’impression d’être dans un taxi collectif.»

 Trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende

Les sites d’annonces essaient de lutter contre ce phénomène, car à partir d’un certain montant de gains, ces revenus deviennent illégaux et le transport est considéré comme du «travail dissimulé», puni de trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende par le Code du travail. Le site Blablacar, leader du covoiturage en France, a mis en place un système de veille qui, en cas de trop grosses rentrées d’argent, bloque le compte des usagers concernés, blackliste leurs coordonnées et les informe des sanctions qu’ils risquent. 

D’autres sites comme Carpooling ou Vadrouille, basent leur vigilance sur les avis postés par les covoitureurs sur le profil des conducteurs, à partir desquels ils peuvent repérer les profils suspects et les supprimer. «Aujourd’hui ce phénomène est marginal par rapport à la masse de covoitureurs qui transitent pas les plateformes d’annonces», explique Nawel Tagourti, country manager France chez Carpooling. Elle estime le nombre de ces «professionnels» du covoiturage à seulement quelques dizaines parmi leurs 4,7 millions d’inscrits en Europe. «Depuis deux ans, ces pratiques ont quasiment disparu. On modère toutes les photos et les profils pour garantir la confiance des covoitureurs». 

Mais le problème reste qu’aucune limite ne définit encore à partir de quel moment un conducteur peut être considéré comme «professionnel». De plus, souvent ces «faux» covoitureurs mettent en place des stratégies pour contourner les systèmes de contrôle: ils créent plusieurs comptes sous des faux noms quand cela est possible, ils s’inscrivent sur plusieurs sites en même temps, ils font attention de pourvoir un bon confort aux voyageurs pour qu’ils ne les signalent pas. Par conséquent, on peut penser qu’une partie de ces «trajets commerciaux» échappent à la vigilance des plateformes, et que le phénomène soit plus répandu que ce que les grandes plateformes de covoiturage n’envisagent.

 

 

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