Le père Stéphane Duteurtre, supérieur du séminaire de Paris, qui a lancé le site «Adopte un futur prêtre», le 27 juin 2013 à Notre-Dame de Paris.
Le père Stéphane Duteurtre, supérieur du séminaire de Paris, qui a lancé le site «Adopte un futur prêtre», le 27 juin 2013 à Notre-Dame de Paris. - A. GELEBART/20 Minutes
Anne-Laëtitia Béraud

«Adopte un futur prêtre», voilà le nom d’un site lancé par le séminaire de Paris, qui propose aux internautes «d’adopter» l’un des six hommes qui vont être ordonnés prêtre ce samedi. Un nom de site qui ressemble très fort au célèbre site de rencontres AdopteUnMec.com. Mais, à la différence de l’original, le site du séminaire parisien (l'établissement de formation des futurs prêtres) ne propose pas d«hommes-objets à câliner», mais une opération de communication réussie au service des vocations religieuses.

«C’était une idée anodine et j’ai été agréablement surpris par la résonnance que cela a pris», confie le père Stéphane Duteurtre, supérieur du séminaire de Paris, qui a organisé l’opération. «La prochaine fois, on proposera quelque chose de différent», ajoute aussi celui qui a tout compris aux règles du buzz. 

Légitimité de la parole sur les réseaux sociaux

Un buzz qui interroge plus largement sur la parole de l’Eglise sur le web. L’institution peut-elle convaincre sur le web des fidèles qui ont déserté ses paroisses? «L’Eglise sur les réseaux ne remplacera jamais l’Eglise locale, sa présence sur le territoire, la rencontre avec l’autre», appuie monseigneur Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France. «Mais Internet permet un renouvellement des personnes, une notoriété, une culture du débat et du rassemblement très intéressants», renchérit-il.

Car sur les réseaux, cette parole est multiple... et semble, parfois, brouillonne. Celui qui poste des messages est-il forcément légitime? Ce nivellement de la parole devient par ailleurs saisissant, quand le compte d’un pape se retrouve «au même niveau» que celui d’un curé… ou d’une chanteuse ou encore d’une star du catch. «Pour la parole ecclésiastique, il y a le risque de ne plus savoir la hiérarchiser entre celles des uns et des autres, acquiesce Bernard Podvin. Mais un travail d’identification et de pédagogie est en cours».

«Sur les réseaux, cette parole vire parfois à personnalisation excessive», note aussi Julien Dupont, prêtre du diocèse de Poitiers, qui a donné des cours dans ce domaine à l’université canadienne d’Ottawa. «Une expression démesurée de la personne» qui parfois évolue vers une démarche d’auto-promotion, voire vers une propagande politique.

Idée d’un label

Sur ce point, la récente polémique sur le mariage pour tous a libéré, de la part de certains de ses représentants, une parole politique singulière au sein de l’Eglise: «Il s’agit d’équilibre à trouver, d’être dans le débat sans tomber dans l’instrumentalisation, d’un côté ou de l’autre», relève le porte-parole de la Conférence des évêques de France. «Celui qui crie le plus fort sur ces réseaux ou qui a le plus de ‘followers’ ne détient pas ‘la’ vérité», ajoute le père Dupont, pour qui «certaines voix, différentes au sein de l’Eglise, se sont fait écharper sur ce débat».

Des voix plurielles qui donnent parfois le tournis aux internautes. «Internet est un grand voyage, mais aussi un grand bazar», glisse Mgr Bernard Podvin. C’est pourquoi l’idée d’un label, qui validerait la parole de l’Eglise sur les réseaux, lui semble intéressante. «Ce label pourrait être intéressant pour certains types d’expressions, afin d’expliquer quelle est la position officielle de l’Eglise sur tel ou tel point. Cela permettrait de limiter les énormités que l’on voit, parfois, passer sur Internet».

Le buzz suscité par «Adopte un futur prêtre» en rappelle d’autres, tel le site «Adopt a cardinal» pour soutenir les cardinaux élisant, en mars 2013, le nouveau pape, mais aussi le site «Prêtres Academy», ou encore la parodie de Gangnam style de Psy «Catho style»… Sans oublier l’effervescence sur Twitter, en décembre 2012, avec l’arrivée du pape alias «pontifex» Benoît XVI sur son réseau.