Peut-on avoir confiance dans les médicaments génériques?

SANTÉ a découverte d'un comprimé de somnifère dans une boite de diurétiques génériques relance la polémique sur les génériques...

Audrey Chauvet

— 

Illustration: Des médicaments génériques.

Illustration: Des médicaments génériques. — DURAND FLORENCE/SIPA

C’est la même chose... ou presque. Les médicaments génériques, dont l’usage est encouragé en France par l’Assurance maladie en raison de leur moindre coût, ne font pas encore l’unanimité dans la communauté médicale. Et la récente erreur de conditionnement du diurétique Furosémide, dont certains comprimés avaient été remplacés par un somnifère, pourrait encore semer le trouble dans l’esprit des patients. En avril dernier, le Dr Sauveur Boukris, médecin enseignant à l'université Diderot (Paris VII), lançait déjà une charge sévère contre la «politique française du générique» dans son ouvrage Médicaments génériques : La grande arnaque (ed. du Moment).

Pourtant, pour le professeur Jean-Paul Tillement, membre de l’Académie nationale de médecine, il n’y a «aucune réticence à avoir car le générique a les mêmes exigences de qualité et a priori les mêmes effets thérapeutiques» que les originaux, appelés princeps. La seule différence, notée dans un rapport en 2012, vient des excipients qui donnent leur couleur, leur goût et leur consistance au médicament. L’Académie reconnaissait toutefois que des problèmes d’allergie pouvaient se produire et que la forme du médicament pouvait jouer dans le bon suivi du traitement.  «Je prescris des génériques à des sujets jeunes pour des pathologies bénignes et de courte durée, explique le Dr Boukris. Mais les personnes âgées qui ont des maladies chroniques comme l’hypertension ou le diabète, je préfère prescrire la molécule originale car le traitement est plus constant sur la durée.» En effet, tous les médecins s’accordent à dire que pour une même molécule, le changement de générique peut être néfaste.

Des primes pour les pharmaciens

Le Dr Boukris déplore également que les pharmacies soient incitées financièrement par l’Assurance maladie à délivrer des génériques. Rien qui ne choque pourtant le Professeur Alain Astier, membre de l’Académie nationale de pharmacie, qui estime que la France a un retard considérable à rattraper: «Sur 100 boites de médicaments distribuées en France, seules 25 sont des génériques contre plus de 60% en Allemagne ou en Grande-Bretagne», nuance-t-il. Avec un objectif de 85% de génériques délivrés en 2013, l’Assurance maladie veut économiser 300 à 400 millions d’euros. Et met pour cela la main à la poche: les pharmaciens vertueux recevront des primes qui pourraient s’élever à 6.000 euros cette année. «Si les médecins se conformaient à la loi et prescrivaient en dénomination commune internationale (DCI), c’est-à-dire selon le nom de la molécule et non la marque du médicament, ces primes n’existeraient pas», déplore le Professeur Astier.

Autant de contrôles que pour les médicaments de référence

Quant aux accidents industriels tels que ce qui s’est passé sur le Furosémide, le Dr Boukris estime que c’était «prévisible» en raison d’une fabrication «fragmentée et délocalisée» pour réduire les coûts. Toutefois, pour l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), cet accident «rarissime n’est en rien spécifique au générique», corrige Philippe Vella, directeur des médicaments génériques à l’ANSM. «Dire que le générique est du low cost est un raccourci, explique-t-il. Arrivant sur le marché après le princeps, il n’est pas besoin de refaire toutes les études cliniques, d’où le plus faible prix, mais on ne fait pas plus d’économies sur la main d’œuvre ou sur les substances actives que pour les médicaments de référence.»

Face aux accusations de manque de contrôle, les génériques sont donc aujourd’hui fermement défendus par les autorités sanitaires françaises. «L’ ANSM est amenée à les évaluer et les surveiller comme les autres, précise Philippe Vella. L’autorisation de mise sur le marché (AMM) n’est donnée que si une étude de biodisponibilité du principe actif, c’est-à-dire sa concentration dans le sang, démontre qu’elle est la même que celle du médicament de référence.»  Le rôle des excipients, montrée du doigt par le Dr Boukris, est également évalué, assure l’ANSM: «S‘ils sont différents de ceux du princeps, le demandeur de l’AMM doit justifier leur choix et s’assurer qu’ils ne modifient pas la bioéquivalence du principe actif», ajoute Philippe Vella.

Déjà incités à abandonner leur «marque» au profit de génériques sous peine de ne pas être remboursé du tiers payant, 57% des Français se disaient prêts à accepter systématiquement la substitution de l’original par le générique, selon un sondage Ifop réalisé en décembre dernier.

 

 

Mots-clés :