Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte.
Le mémorial des victimes du crash aérien de Charm-el-Cheikh, en Egypte. - Frederic Stevens / Sipa
Vincent Vantighem

Plans de vol, manuels techniques et expertises: il y a plus de cinquante tomes de dossiers. Mais rien, a priori, qui permette d’accuser quelqu’un du crash aérien de Charm-el-Cheikh (Egypte) qui a causé la mort de 148 personnes –dont 135 Français– le 3 janvier 2004. Selon nos informations, le juge qui instruit ce dossier à Bobigny (Seine-Saint-Denis) s’apprêterait, en effet, à prononcer un non-lieu. «Il faut bien avouer que l’on est dans un cul-de-sac, confirme à 20 Minutes Jean-Pierre Bellecave, l’avocat qui défend les proches des disparus. Dix ans après le crash, les juges ne feront plus d’investigations.»

«Il y a tout de même un sentiment de lassitude»

Le 3 janvier 2004, le vol 604 de la compagnie Flash Airlines s’était écrasé au large de la station balnéaire égyptienne alors qu’il venait de décoller pour rejoindre l’aéroport de Roissy en France. Il y avait 135 Français sur les 148 victimes. Dont onze membres de la famille de Claude Fouchard. «Et aujourd’hui, il va falloir se résigner…», lâche, amer, celui qui préside l’association des proches des disparus.

Samedi dernier, lors de l’Assemblée générale de l’association à l’église Saint-Christophe de Javel (Paris), il a donc annoncé la nouvelle aux autres membres. «Cela fait dix ans qu’on se bat. Il y a tout de même un sentiment de lassitude. Certains veulent continuer à se battre. D’autres veulent tirer un trait sur cette histoire même si c’est extrêmement difficile.»

«Extrêmement difficile» car l’instruction, ouverte pour «homicides involontaires» se base sur des hypothèses solides. Publié en 2009, un rapport d’experts pointe en effet du doigt le «manque de formation et d’expérience» du pilote et du copilote ainsi que leur «fatigue» au moment du vol. «Mais aujourd’hui, ils sont morts, balaie Jean-Pierre Bellecave. Quant à la compagnie Flash Airlines, elle a mis la clé sous la porte. Qui voulez-vous accuser du crash?»

Les autorités égyptiennes refusent de collaborer

Les trois juges qui se sont succédé à l’instruction de ce drame manquent en effet d’éléments à charge. Malgré trois commissions rogatoires internationales, les autorités égyptiennes ont clairement indiqué qu’elles ne répondraient pas aux questions des juges. La justice française comptait notamment là-dessus pour réentendre les voix des pilotes lors du vol, récupérer les manuels de formation et enfin mettre des noms sur les témoins directs du crash afin de les interroger.

«On pouvait espérer que le changement de régime politique en Egypte modifie la donne mais il n’en est rien», se désole Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs. Contactée par 20 Minutes, l’ambassade d’Egypte en France était injoignable mercredi pour s’exprimer sur ce sujet.

«Résigné», Claude Fouchard se concentre désormais sur l’organisation d’un voyage commémoratif en Egypte le 3 janvier 2014. «Cela fera dix ans. On jettera des fleurs dans l'eau depuis un bateau…»