Illustration: Des élèves en classe de primaire.
Illustration: Des élèves en classe de primaire. - FRED SCHEIBER/20 MINUTES

«Nier l’altérité sexuelle», c’est ce que voit Olivier Vial, président de l’Union nationale interuniversitaire (UNI), dans les tentatives du gouvernement d’introduire ce qu’il appelle la «théorie du genre » à l’école. L’UNI, une organisation qui se présente comme de la «droite universitaire», a créé en mars dernier l’Observatoire de la théorie du genre, afin d’informer le public sur cette théorie qu’ils estiment dangereuse pour l’éducation des enfants. Pour Olivier Vial, «cette théorie ne défend pas un moyen d’atteindre l’égalité homme-femme, mais la nie au contraire, car elle défend l’idée que l’on pourrait choisir son genre.» Pour Christian Flavigny, responsable du département de psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Salpêtrière et auteur de La querelle du genre (Ed. PUF, 2012), le gouvernement tenterait d’introduire à l’école une «idéologie qui méconnaît complètement les données psychologiques qui permettent à l’enfant de construire son identité sexuelle». Cette idéologie nierait totalement les caractéristiques biologiques. «Les corps n’existeraient plus.»

 Ce qui agace les opposants des gender studies c’est que le gouvernement a plusieurs projets qui encouragent l’entrée de ces études à l’école. En décembre dernier, Virginie Duby-Muller, députée UMP de Haute-savoie a déposé une proposition de résolution pour la création d’une commission d’enquête pour faire l’état des lieux de l’introduction de la théorie du gender en France. Mais celle-ci n’a pas vu de suite pour l’instant. Début 2013, Vincent Peillon, dans le cadre du projet de loi sur la refondation de l’école, s’est engagé à développer un ensemble de mesures visant à supprimer les stéréotypes de genre dans les écoles. Un livret pédagogique sera mis à disposition des enseignants à la rentrée 2013, dans lequel, par exemple, un cycle «Se construire comme fille ou garçon » propose la lecture des albums Marre du rose de Nathalie Hense, ou encore Dinette dans le tractopelle de Christos et Mélanie Grandgirard.

Il n’y a pas une «théorie du genre»

«Les gender studies ont été forgées dans les années 1950 aux Etats-Unis, pour définir le sentiment d'appartenir à un sexe alors que l'on présente les attributs biologiques de l'autre», nous explique Massimo Prearo, spécialiste des mouvements sociaux LGBT et rédacteur en chef de la revue Genre, sexualité & société. «Son introduction a permis de saisir le fait qu'être une fille ou un garçon ne relève pas uniquement et exclusivement de la biologie, mais aussi d'une construction sociale, historique et politique.» Paradoxalement, ce sont ces mouvements qui se font les promoteurs d'une «théorie du genre», c'est-à-dire d'une vision stricte de la société où il n’existerait que deux sexes associés à des valeurs stéréotypées. «De fait, apprendre aux filles et aux garçons que le monde n'est pas rose et bleu ne peut que nous préparer à vivre dans une société moins inégalitaire et plus respectueuse de nos différences.»

«Le genre intègre la biologie» affirme Catherine Vidal, directrice de recherche en neurobiologie à l’Institut Pasteur. Depuis une quinzaine d’années, la recherche en neurobiologie fait de grandes avancées avec la découverte de la plasticité du cerveau. Il a été établi qu’à la naissance seulement 10% des neurones du nourrisson étaient connectés, et que le reste des connections se créait par les interactions entre l’enfant et son environnement. «Toutes ces études montrent que le sexe biologique ne suffit pas à faire une femme ou un homme. » Ainsi la déconstruction des stéréotypes de genre est à faire avant tout dans la formation des enseignants qui, dans leurs attitudes, imposent des choix aux enfants qu’ils soient fille ou garçon.

Des écoles «neutres». A Egalia, en Suède, les enseignants d’une école maternelle modèle ont créé tout un environnement – décoration, livres, jouets- qui élimine toute connotation de genre. En Seine-Saint-Denis, la crèche de Bourdarias suit le mouvement depuis 2009, en pratiquant une pédagogie «active égalitaire». Petites voitures, tracteurs ou poupées, garçons et filles sont encouragés à jouer aux mêmes jeux. Ces expériences visent à éduquer les enfants hors des représentations sociales associées aux genres. Ce type d’orientation éducative se développe partout dans le monde. Mais il faudra encore quelques années pour appréhender les résultats réels de ces tentatives.

 

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