Le clown Ficelle intervient auprès des enfants autistes à l'Institut médico-éducatif Notre École (IME) à Paris dans le 15e, le 23 avril 2013.
Le clown Ficelle intervient auprès des enfants autistes à l'Institut médico-éducatif Notre École (IME) à Paris dans le 15e, le 23 avril 2013. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Vincent Colas

Il porte un nez rouge et des baskets trop grandes aux lacets fluos, un sweat à capuche jaune, des chaussettes rayées, et quasiment pas de maquillage. Comme tous les clowns, M. Ficelle s’adresse aux enfants.

Sauf que lui ne donne pas de spectacle: il intervient depuis douze ans à l’hôpital et depuis quatre ans auprès d’enfants autistes à l’institut médico-éducatif (IME) Notre Ecole, à Paris, dans le 15e.

 

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«Si je prépare quelque chose, un sketch par exemple, l’enfant reste spectateur. Et du coup, il n’y a pas d’interaction.» Du coup, Xavier Huneau -son vrai nom- a développé une sorte de protocole: il salue chaque enfant pour jauger l’humeur du jour, lui lance un ou deux «impulses» et attend sa réaction… Il ne force jamais le contact. Il adresse un signe propre -un regard, un sourire, une grimace-  pour montrer aux enfants qu’il est disponible et qu’«ils viennent eux-mêmes faire des demandes. Je ne cherche pas un résultat, mais à faire ensemble», explique-t-il.

Deux ans pour convaincre les enfants…

Lorsqu’il est malade, personne ne remplace M. Ficelle. Pas parce qu’il n’y a pas de clown disponible, mais parce qu’il a établi une relation de confiance avec les enfants et avec les éducateurs spécialisés qui les encadrent. «Si un nouveau personnage arrive, les enfants ne comprennent pas. Tout le travail d’approche est à refaire», assure-t-il. Un travail qui a duré deux ans pour l’IME Notre Ecole. «Lors de ma première visite, l’une des enfants allait systématiquement à l’autre bout de la pièce dès que je m’approchais. Il a fallu plusieurs séances pour qu’elle accepte que je m’assoie à côté d’elle.»

… et les encadrants

Les éducateurs n’ont pas été plus rapides à convaincre. «Certains ne croyaient pas à l’impact du clown sur les enfants. “Ça va partir en vrac”, estimaient-ils.» Petit à petit, il gagne sa légitimité. Notamment parce qu’il pousse les enfants à faire des choses nouvelles, «ce qui peut ouvrir des pistes pour un travail éducatif après.» A tel point qu’aujourd’hui, c’est lui qui leur tient la main pour le parcours de motricité. «Le but, c’est d’installer une certaine routine, décrypte Arnaud, animateur à l’IME Notre Ecole. M. Ficelle amène de la nouveauté et nous permet de stimuler leur intérêt.» «Ils se permettent des choses qu’ils ne feraient pas avec nous, complète Séverine, une autre animatrice de l’IME. Certains s’agrippent à lui par exemple, ce qui veut dire qu’il y a bien interaction.»

«Un métier où l’on se forme tout le temps»

Expert-comptable à Bordeaux, M. Ficelle est recruté par l’association Theodora en 2001. C’est sur les conseils de sa prof d’improvisation de l’époque qu’il se présente au «casting». Il joue déjà dans les théâtres depuis 1995, mais sur son temps de loisirs.  Il s’engage alors pour une formation distillée par Theodora qui s’étale sur un an. Il est accompagné par des clowns plus anciens et passe devant «un comité de sélection très difficile». Aujourd’hui, il a encore quatre jours de formation continue chaque année. «C’est un métier où l’on se forme tout le temps: aussi bien sur le travail de clown que sur des pathologies spécifiques. » Une des raisons pour laquelle: «Je n’ai jamais regretté d’avoir changé de vie.»

Soutien

L’association Theodora, qui assure la formation des clowns, organise un spectacle avec le slameur Grand Corps Malade et l’humoriste Baptiste Lecaplain le mardi 25 juin à 20h30 à la salle Gaveau à Paris. Les bénéfices seront reversés à l’association.