Francis Heaulme lors d'une opération de transport de justice le 3 octobre 2006 à Montigny-les-Metz (Moselle).
Francis Heaulme lors d'une opération de transport de justice le 3 octobre 2006 à Montigny-les-Metz (Moselle). - HARTMANN CHRISTIAN/SIPA
Vincent Vantighem

Il est déjà passé six fois devant une cour d’assises et a été condamné deux fois à la prison à perpétuité. «S’il était coupable, il n’aurait rien à perdre de plus à le dire», confie une source judiciaire. Mais Francis Heaulme a toujours nié avoir une quelconque responsabilité dans l’affaire du double meurtre de Montigny-lès-Metz (Moselle). Ce mardi, le «Routard du crime» va donc contester devant la Cour de cassation son renvoi devant les assises dans cette affaire. Onze ans après avoir innocenté Patrick Dils, la justice a, en effet, estimé qu’il y avait assez d’indices pour renvoyer Francis Heaulme devant  un jury populaire. 20 Minutes fait le point. 

Qu’est ce que l’affaire du double-meurtre de Montigny-lès-Metz?

Le 28 septembre 1986, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, deux enfants de 8 ans, sont découverts morts le long d’une voie de garage de la SNCF à Montigny-lès-Metz. Rapidement, la police annonce que les deux enfants sont morts, la tête écrasée à coups de pierre. Patrick Dils, alors apprenti cuisinier, est interrogé car il habite la même rue qu’eux et qu’un appel anonyme à la police l’a désigné comme le coupable. En 1989, Patrick Dils est condamné à la prison à perpétuité. Après s’être vu refusé la grâce présidentielle par François Mitterrand, il saisit la cour de révision sur la base d’éléments nouveaux. Après avoir vu sa peine réduite à 25 ans de prison en 2001, il est finalement totalement blanchi lors d’un procès en 2002. 

Comment le nom de Heaulme apparaît dans cette affaire?

En 1997, l’adjudant-chef de gendarmerie Jean-François Abgrall transmet un document à la justice dans lequel il assure avoir «confessé» Francis Heaulme du double-meurtre de Montigny-lès-Metz. Spécialiste du «Routard du crime», le gendarme prétend ainsi que Heaulme lui a assuré avoir été sur les lieux du drame au moment du crime, et avoir même vu les corps des deux enfants. 

Pourquoi a-t-il fallu plus de dix ans pour renvoyer Heaulme dans cette affaire?

Saisi sur la base de ces éléments nouveaux, un juge d’instruction relance les investigations et lance des analyses ADN. En 2007, il rend une ordonnance de non-lieu estimant qu’il n’y a pas assez d’indices permettant de penser que Francis Heaulme a une responsabilité dans le double-meurtre de 1986. Le parquet général réclame alors un supplément d’information. Finalement, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Metz (Moselle) va à l’encontre du juge d’instruction et décide de renvoyer le «Routard du crime» devant un jury populaire. 

Quels sont les éléments troublants?

Dans ses soixante pages de réquisitions, le parquet général a listé beaucoup d’éléments troublants sur l’implication éventuelle de Francis Heaulme dans l’affaire de Montigny. Ainsi, il travaillait à 400 mètres de la voie ferrée où les corps ont été retrouvés. Il a reconnu «s’être promené» dans ce secteur et avoir reçu des pierres jetées par des enfants. Il est même parvenu à dessiner avec précision le plan des lieux. Enfin, deux pêcheurs l’ont aperçu ce jour-là le visage couvert de sang. 

Y-a-t-il aussi des éléments à décharge?

«Mon style, c’est l’Opinel. Et j’étrangle à mains nues. Montigny, c’est pas moi !» Voilà comment Francis Heaulme a nié toute implication dans le double-meurtre de Cyril Beining et Alexandre Beckrich. Le juge d’instruction qui a conduit les analyses ADN en 2006 n’a jamais trouvé la moindre correspondance entre l’affaire et le tueur en série. «Il faut se souvenir que Patrick Dils a été acquitté parce qu’on avait découvert la quasi-signature criminelle de Francis Heaulme, explique à 20 Minutes Dominique Rondu, avocat de la famille Beckrich. Mais cette quasi-signature n’a pas été démontrée au fil des années.» Quant au sang découvert sur son visage, Heaulme l’a toujours justifié par une chute sur les cailloux. «Il n’avait pas de sang sur ses vêtements. Or s’il a tué les enfants à coups de pierre, il aurait dû en avoir», poursuit Dominique Rondu. 

Qu’en pensent les familles des victimes?

Les proches des deux petites victimes sont divisées sur la question. Dominique Boh-Petit, avocate de la maman du petit Cyril assure que «des gens sont allés devant les assises pour moi que ça…» En revanche, du côté de la famille Beckrich, on doute clairement de la responsabilité de Heaulme. Il y a quelques années, la grand-mère d’Alexandre était allée jusqu’à se rendre en prison pour discuter avec Francis Heaulme. «Je lui ai parlé. Il m’a dit: ’’ils sont après moi pour me faire avouer mais ça n’est pas moi’’. On sait que c’est un tueur, alors qu’est-ce-que ça lui coûterait de dire s’il est coupable ?» 

Comment Heaulme vit-il la situation?

D’après son avocate, Liliane Glock, Francis Heaulme est aujourd’hui âgé et malade. Elle explique même qu’il aurait du mal à comparaître. Et puis, confie-t-elle, «si le jury se met à juger Heaulme en fonction de son passé de serial killer et non pas des faits reprochés, cela n’aurait pas de sens». La cour de cassation qui examinera, le recours de Heaulme mardi, devrait mettre sa décision en délibéré.