Les stations fantômes du métro parisien prêtes à ressusciter?

TRANSPORTS Nathalie Kosciusko-Morizet a émis l’idée de réhabiliter quelques stations abandonnées du métro parisien pour en faire des endroits de «convivialité», si elle est élue à la mairie de Paris…

Romain Lescurieux

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Martin Nadaud est une des huit stations fantômes du métro parisien.

Martin Nadaud est une des huit stations fantômes du métro parisien. — RATP

Elles sont là sous vos pieds. Arsenal, Saint-Martin, Haxo, Croix-Rouge, Champs-de-Mars, Porte des Lilas, Porte Molitor. Invisibles, ces huit stations de métro fantômes alimentent depuis toujours la curiosité des Franciliens. Fermées au début de la Seconde Guerre mondiale ou tout simplement jamais ouvertes, elles n’ont jamais vu ou revu le jour.

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«La plupart de ces stations ont été fermées en 1939 et non rouvertes à la fin de la guerre. Situées à proximité (100 mètres) d’une autre station, elles n’avaient d’intérêt ni pour les voyageurs ni pour l’exploitation de la ligne», affirme Jean-Michel Leblanc, responsable de l’ingénierie culturelle et du patrimoine de la RATP. Vestiges d’une époque, ces stations sont pour certaines «restées dans leur jus», poursuit-il: «Croix-Rouge est par exemple toujours dans le style des années 30.»

«Les stations de métro fantômes sont des lieux parfaits à développer»

Nathalie Kosciusko-Morizet voudrait désormais leur redonner officiellement vie. Le but: réhabiliter ces stations en endroits de fête pour résoudre le problème des nuisances sonores la nuit dans la capitale.

«Il y a un potentiel de lieux non exploités à Paris qui ne posent aucun problème de voisinage. Les stations de métro fantômes sont par exemple des lieux parfaits pour développer des lieux de convivialité», a-t-elle déclaré à 20 Minutes, lors de son interview le 22 mai 2013. Interrogée sur ce sujet, la RATP nuance: «Créer un endroit sécurisé aux normes dans ce réseau est compliqué et implique un investissement conséquent», selon Jean-Michel Leblanc. Un obstacle infranchissable?

Les stations fantômes hantent les Londoniens

Outre-Manche, l’idée a déjà fait son chemin. En début d’année, alors que le métro londonien célébrait son 150ème anniversaire, un ancien banquier, Ajit Chambers, a révélé qu’il avait un rêve depuis longtemps: réhabiliter 26 des 40 stations abandonnées et lieux souterrains pour en faire des musées et des boîtes de nuit. Il a alors créé la «Old Underground Company» et s’est rapproché du maire de la capitale britannique, Boris Johnson.

Si «ça ne coûte rien au contribuable», dit le maire de Londres, il se déclare favorable au projet, tout comme une soixantaine de parlementaires. L’idée n’a pas encore été entérinée mais le soutien des Londoniens est au rendez-vous. Les stations de Paris connaîtront-elles un jour le même destin? En attendant, les activités dans le réseau désaffecté et sur les quais des stations fantômes se poursuivent, notamment à Porte des Lilas-Cinéma, qui sert de lieu de tournage pour des films. D’autres en revanche vivent loin de la lumière, à l’abri des regards.

«Durant quatre ans, nous avons transformé une de ces stations en bar»

«Il y a toujours du monde la nuit dans le réseau du métro», lance Max *, «explorateur urbain» de 35 ans. Tel un gruyère composé d’innombrables galeries -accessibles par différentes entrées- le réseau souterrain n’est pas sans vie. Bien qu’interdit et sécurisé par la RATP, l’«underground» de Paris est un «terrain de jeu» où se croisent différents «fantômes»: graffeurs, cataphiles, explorateurs urbains.

«Nous n’avons pas attendu cette proposition de NKM pour faire de ces lieux un endroit de convivialité. Mais c’est une bonne idée», commente Neuro, un urbexer. «Nous descendons pour faire des ballades, des photos», ajoute-t-il. Max, l’«amoureux» du métro, partage également cette passion: «Durant quatre ans, nous avons transformé l’une de ces stations fantômes en bar. Nous faisions des soirées avec 40-50 personnes. Nous organisions également des projections de films.»

Un moyen de redorer le blason nocturne de Paris?

Animé par la volonté de découvrir sa ville de cette manière depuis 2005, Max trouve ainsi l’idée de NKM intéressante: «C’est sûr qu’à dix mètres sous terre, il n’y a pas de problèmes avec les voisins», rigole-t-il. De son côté, Axel, cataphile, affirme: «C'est une très bonne idée si l'endroit garde son aspect historique. Il y a dans tous ces lieux une ambiance particulière qui se prête bien à la fête. Avec une mise en scène travaillée, ça ferait une super boîte.»

Max, l’habitué des lieux, assure la beauté inexploitée en termes de patrimoine de cet énorme réseau sous la ville. «Cela permettra de faire légalement ce que nous avons fait pendant des années illégalement», dit-il. Lui n’est pas aigri d’une possible «démocratisation» des lieux. Ce sera surtout un «bon moyen», dit-il de refaire de Paris une capitale de la fête. 

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