Robert Riblet, le poil à gratter de la Française des jeux

JUSTICE – Accusant la Française des jeux de «manipuler la chance» avec ses jeux de grattage, cet ingénieur à la retraite présentera, lundi, ses arguments devant le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine)…

Vincent Vantighem

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Robert Riblet, qui accuse la Française des Jeux de «manipuler la chance» avec ses jeux de grattage, le 24 mai 2013 à Paris.

Robert Riblet, qui accuse la Française des Jeux de «manipuler la chance» avec ses jeux de grattage, le 24 mai 2013 à Paris. — Marin Talbot / 20 Minutes

Il a dû attendre d’avoir 17 ans pour apprendre à lire et écrire. A l’époque, Robert Riblet savait, en revanche, déjà compter depuis longtemps. Lundi, cet ingénieur autodidacte aujourd’hui à la retraite présentera, devant la sixième chambre civile du tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre (Hauts-de-Seine), sa théorie selon laquelle, la Française des jeux (FDJ) «manipule la chance» avec ses jeux de grattage. Inutile de lui demander s’il croit en ses chances de convaincre le tribunal: cet homme volubile ne se fie plus au hasard depuis septembre 2001.

A l’époque, il se rend dans un PMU de l’Aisne pour remplir, comme chaque semaine, sa grille de tiercé. Tout en «buvant un p’tit coup», il observe un étrange manège à quelques mètres de lui. «Au comptoir, un client régulier achète un rouleau entier de tickets de Black Jack, raconte-t-il. Il les gratte un par un jusqu’à obtenir le gros lot. Le buraliste range alors le reste du rouleau, en sort un autre et le manège recommence.» Surpris, Robert Riblet se dit alors que le détaillant et son client ont trouvé «une martingale».

1.500 bistrots et 33.000 euros de tickets à gratter

L’industriel en fin de carrière peine alors à se remettre de la mort de sa femme survenue brutalement quatre ans plus tôt. Pour penser à autre chose, il se lance dans une enquête au long cours. Trois ans lui seront nécessaires pour visiter 1.500 bistrots et acheter 33.000 euros de tickets à gratter. La conclusion est limpide: «chaque rouleau de tickets ne comporte qu’un seul gros lot de 20 euros ou plus, confie-t-il. Tous les autres sont perdants ou offrent de petits gains…» Le problème, c’est qu’ils continuent à être vendus comme s’ils pouvaient contenir le gros lot…

«Enfant de la DDASS» élevé à la dure dans les fermes du Pas-de-Calais, Robert Riblet exècre «le mensonge et la tromperie». Naïf, il pense donc que la conclusion de son enquête n’est que la conséquence d’un bug informatique et décide d’en avertir poliment la FDJ. «Plutôt que de me remercier, ils m’ont renvoyé un courrier en me menaçant de poursuites, rigole-t-il. C’est là que j’ai compris que ce n’était pas un bug mais que c’était volontaire…»

450.000 euros en échange de son silence

Invité à dévoiler ses preuves lors d’un entretien à la FDJ, Robert Riblet se voit alors proposer un chèque de 450.000 euros en échange de son silence. Inventeur, entre autres, des courts de squash autoportants, le plaignant aime trop sa liberté de parole pour accepter. Tout en continuant à amasser les preuves, il se met à écrire un bouquin. Il alerte aussi les médias. En échange, la FDJ l’attaque en diffamation pour avoir osé parler de «tricherie organisée» dans les colonnes de 20 Minutes. Il gagne son procès.

 En conséquence, la FDJ se voit contrainte de modifier les mentions sur ses tickets de grattage. «Au moment de votre achat, certains lots ont peut-être déjà été remportés», peut-on lire désormais au dos de chaque petit bout de carton. «Prenez un stock de 15 millions de tickets, poursuit l’ingénieur. Il y a trois gros lots de 500.000 euros à l’intérieur. Si dans le premier million de tickets vendus, les trois gros lots sortent, il reste 14 millions de tickets que vous pouvez acheter mais qui n’ont aucune chance de contenir le gros lot. La FDJ fait donc de la publicité mensongère…»

Après avoir découvert ce pot-aux-roses, beaucoup auraient profité de la martingale. Pas Robert Riblet. «Je n’ai jamais profité du système. Je n’ai jamais rien fait pour le fric!» Il continuera ce lundi devant la chambre civile du TGI de Nanterre. Quand on lui demande combien il réclame à la FDJ pour avoir acheté des tickets qui n’avaient plus grand-chose à voir avec la loterie, il rétorque: «Rien. Je demanderai aux juges de choisir le montant qu’ils veulent…»

La FDJ refuse de s’exprimer

Interrogée par 20 Minutes, la Française des jeux a refusé de répondre à nos questions avant l’audience de lundi. Troisième loterie mondiale, elle a enregistré 12 milliards d’euros de mises en 2012 et compte 26,3 millions de clients. En 2012, elle assure avoir redistribué 95% des mises, dont 65% aux joueurs et 24% à la collectivité.

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