Procès du Médiator: Aquilino Morelle décrypte le principe du benfluorex et enfonce Servier

JUSTICE – Aquilino Morelle, plume d’Hollande et docteur en médecine, est venu témoigner ce jeudi matin devant le tribunal de Nanterre…

Au palais de justice de Nanterre, Vincent Vantighem

— 

Aquilino Morelle est venu témoigner, jeudi 23 mai, au procès du Médiator à Nanterre (Hauts-de-Seine).

Aquilino Morelle est venu témoigner, jeudi 23 mai, au procès du Médiator à Nanterre (Hauts-de-Seine). — LUDOVIC-POOL/SIPA

On le connaît avant tout comme la plume de François Hollande. Mais c’est oublier un peu vite qu’Aquilino Morelle est d’abord «docteur en médecine» comme il s’est présenté, ce jeudi matin, à la barre du tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) où se juge depuis mardi le premier procès pénal du Médiator pour «tromperie aggravée». C’est d’ailleurs à ce titre qu’il a été chargé en novembre 2010 de rédiger le rapport de l’Inspection générale des affaires sanitaires (IGAS) en pleine «déflagration sanitaire». Fort de ses 261 pages, ce rapport est aujourd’hui la principale pièce de l’accusation qui entend démontrer que Jacques Servier et son laboratoire ont «trompé» les patients sur les propriétés et les effets secondaires du Médiator.

«OREX», la syllabe qui dit tout

Accompagné du docteur Anne-Carole Bensadon et d’Etienne Marie – les co-rédacteurs du fameux rapport – Aquilino Morelle est donc venu détailler son travail pendant près de trois heures. Il a ainsi parlé de «syndrome métabolique», de «fenfluramine»,  de «norfenfluramine» de «principe actif», explicitant à l’aide d’un schéma comment les molécules s’agglomèrent et agissent dans le corps humain. Mais c’est sans doute le mot «benfluorex» qui a le plus retenu l’attention de la présidente de le 15è chambre du tribunal. Nom savant du Médiator, le benfluorex ne s’appelle pas comme cela par hasard. «C’est l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui choisit le nom des produits. Il faut que le nom soit compris de toute la communauté médicale, de la Colombie à l’Europe. C’est ainsi qu’ils ont choisi le nom de benfluorex. Car le fin du mot – OREX – fait référence à son caractère anorexigène», détaille ainsi Aquilino Morelle, en insistant sur le OREX d’anorexigène.

Le problème, c’est que les laboratoires Servier ont toujours présenté leur médicament comme un anti-diabétique et non comme un anorexigène. Tout en démontrant que les experts de Servier connaissaient parfaitement les propriétés de leur produit, Aquilino Morelle enfonce le clou à la barre. «Dès 1974, les laboratoires ont fait pression sur l’OMS pour que le nom de benfluorex soit changé. Ils ne voulaient pas que cela fasse référence à un coupe-faim mais à un anti-diabétique.»

«Ils ont bien du voir fondre les rats»

Le benfluorex n’est pas dangereux en soit. «Seul il ne sert à rien, poursuit Aquilino Morelle. Sauf qu’il est un précurseur qui sert à mettre en route la norfenfluramine…» C’est cette dernière molécule qui est accusée de tous les maux des malades du Médiator. En fait, c’est elle qui entraîne des problèmes sur les valves cardiaques (valvulopathies) ainsi que de l’hypertension artérielle pulmonaire. «Les experts de Servier pouvait-ils connaître ces éléments dès le départ ?», interroge alors la présidente Isabelle Prévost-Desprez. «Il nous a fallu moins de six semaines pour nous en rendre compte. Des experts plus calés que nous ne l’auraient pas vu en 35 ans… s’interroge Morelle à la barre. Pourtant les gens qui l’ont étudié ont bien du voir fondre les rats sur lesquels ils testaient le produit…» Un ange passe. La présidente reprend. «Pourquoi les médecins n’en ont-ils pas informé les patients ?» «Par bêtise, paresse, veulerie, ignorance ou incompétence», dénonce le docteur.

Le tribunal a encore jusqu’au 14 juin pour se forger une opinion sur l’épais dossier du Médiator. Mais l'audition du premier témoin leur a déjà fourni quelques pistes. Ce jeudi après-midi, c’est Irène Frachon, la pneumologue de Brest qui est attendu à la barre. Après avoir été la première à dénoncer les effets du Médiator, elle ne devrait pas être plus tendre à l’égard de Servier que les experts de l’IGAS ne l’ont été.

Mots-clés :