Projet de loi sur l’enseignement supérieur: Les raisons de la grogne

EDUCATION Le projet de loi sur l’Enseignement supérieur, débattu à l’Assemblée à partir de mercredi, divise tant les syndicats que les politiques…

Delphine Bancaud

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Geneviève Fioraso.

Geneviève Fioraso. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Déjà décrié avant d’être adopté. Le projet de loi sur l’Enseignement supérieur sera débattu à l’Assemblée à partir de mercredi. Le même jour, le Snesup (syndicat national de l'enseignement supérieur) et plusieurs collectifs (Sauvons la Recherche, Sauvons l'université) appellent à une journée de grève et de manifestations pour réclamer son «retrait». Sur le front politique, la contestation est aussi vive. Retour sur les principaux points de crispation.

Un texte qui ne se distingue pas assez de la loi LRU

Selon Pierre Chantelot, membre du bureau national du Snesup, «le projet de loi s’inscrit dans le sillon de la loi LRU (sur l'autonomie des universités) voté par la précédente majorité» et ne corrige pas les défauts de ce texte. Un point de vue partagé par les députés du Front de gauche, qui ont annoncé leur intention de voter contre le projet de loi.

L’extension des cours en anglais

Le projet de loi étend les exceptions à l’enseignement en français à l’université, afin de favoriser l’attractivité des universités. La loi Toubon de 1994 précise en effet que la langue de l’enseignement est le français. Une mesure qui a fait couler beaucoup d’encre chez les intellectuels et les politiques de tous bords ces dernières semaines, qui craignent une perte d’influence de la France si davantage de cours ont lieu en anglais. Le député Jacques Myard (UMP) a quant à lui dénoncé le «globish» la semaine dernière. «Le signal posé à ceux qui, un peu partout, apprennent le français n'est pas rassurant», a indiqué le député socialiste Pouria Amirshahi qui a mené la fronde au Palais-Bourbon, rassemblant une quarantaine de députés PS. «Si nous laissons l’anglais s'introduire dans nos universités, si nous le laissons, seul, dire la science et le monde moderne, alors le français se mutilera et s'appauvrira. Il deviendra une langue banale, ou pire, une langue morte», s'est insurgé de son coté l'écrivain Bernard Pivot dans La Croix

Le manque de moyens fustigé

Alors qu’un quart des universités rencontrent des difficultés financières, certaines voix s’élèvent contre le manque de moyens qui accompagnent ce texte. Or, selon Pierre Chantelot, «à l’heure actuelle, il manque 2.000 postes dans les universités françaises, ce qui empêche l’ouverture de certaines formations». Pour nombre d’observateurs, la question du sous-financement de la recherche reste aussi sans réponse.

Un débat trop court

Des députés de différents bords (UMP, PRG…) déplorent le rythme accéléré auquel sont soumis les parlementaires pour débattre du projet de loi. Le chef de file des députés radicaux de gauche, Roger-Gérard Schwartzenberg, juge «très regrettable», dans un communiqué, que la procédure accélérée «ait été engagée, cette procédure d'urgence limitant l'examen du texte à une seule lecture par chaque assemblée au lieu de deux dans la procédure normale». Il regrette aussi que le texte ait été «soumis à la procédure du temps législatif programmé qui plafonne sa durée maximale d'examen à 30 heures à l'Assemblée nationale». Selon lui, «cette course contre la montre rend difficile un temps législatif efficace» et «à la limite, elle risque de transformer les élus en machines à voter».

L’absence de mesure sur la précarité des enseignants

Le texte est muet sur le thème de la précarité des enseignants, ce que déplorent les députés du Front de gauche. Conséquence selon Pierre Chantelot, «les CDD (secrétaires, laborantins…) vont devenir la variable d’ajustement dans certaines universités en difficultés».

La crainte d’une régionalisation de l’enseignement supérieur

Le projet de loi prévoit que les établissements d’enseignement supérieur se regroupent sur un même territoire pour élaborer une politique de formation commune. D’où le risque, selon Pierre Chantelot, d’assister «à une régionalisation de l’offre de formations et des moyens».

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