Etude sur le soutien-gorge: «Je n'ai jamais appelé les femmes à enlever les soutien-gorge»

INTERVIEW L'auteur de cette étude, menée sur des femmes qui ne portent pas ou peu de soutien-gorge, en dit plus à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Mathieu Gruel

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Illustration d'un soutien-gorge

Illustration d'un soutien-gorge — SIPA

Il ne pense qu'à ça. Depuis 1997, Jean-Denis Rouillon, médecin du sport au CHU de Besançon et professeur à l'université de Franche-Comté, pilote une étude sur l'impact du soutien-gorge sur les seins des femmes. Et selon les résultats préliminaires de ses travaux, l'absence de soutien-gorge serait bénéfique pour la poitrine. Contacté par 20 Minutes, le médecin nous explique pourquoi.

>> L'incroyable parcours médiatique de cette étude est à lire par ici

Quelle a été votre méthodologie?

C'est une étude basée sur la volontariat. Depuis 1997, je suis des femmes qui acceptent de se passer de soutien-gorge. Je les vois quatre fois au cours de la première année et ensuite, une fois par an. Là, nous faisons des mesures simples, pour établir la hauteur du mamelon et observer l'élasticité du sein. Actuellement, nous avons vu 320 femmes.

Et quelles sont vos conclusions?

Pour l'instant, il ne s'agit que de résultats préliminaires. Mais ils valident l'hypothèse que le soutien-gorge n'est pas forcément bénéfique pour la poitrine. Car il prive le sein de la pesanteur, ce qui dégrade les tissus. Globalement, nous constatons que chez les jeunes adultes, les femmes tirent un bénéfice à s’en passer.

Alors pourquoi continuer à en porter?

Parce que ce serait sans compter sur le regard des autres. La société accepte volontiers de voir des push-up, mais des seins sous un t-shirt c'est plus compliqué. Il existe plein de tabou et cette idée revêt souvent une certaine fantasmagorie, ou une connotation sexuelle. Pour faire évoluer les mentalités, il faudrait maintenant qu'une étude plus sérieuse vienne valider notre hypothèse.

Pourtant, cela fait dix-sept ans que vous y travaillez?

Oui, mais ma méthode est très fragile, puisqu'elle repose sur le volontariat. J'ai donc des «trous» dans mon étude, puisqu'il y a certaines femmes que je ne vois pas pendant plusieurs années. C'est un peu du bricolage. Il faudrait qu'un grand centre de recherche s'en empare.

Quel est votre objectif désormais?

Pour moi, pas question de crier au miracle avec cette étude. Il s'agit juste de dire que mon hypothèses est bonne. Quand je me suis lancé, il existait très peu de littérature sur ce thème. Aujourd'hui, j'ai 63 ans et je vais continuer à travailler dessus aussi longtemps que je le pourrai. Mais si ces résultats peuvent intéresser quelqu'un, c'est tant mieux.

Ce qui est sûr, c'est que votre étude a fait beaucoup parler d'elle cette semaine...

Oui, en véhiculant parfois des choses que je n'ai jamais dites. Comme le fait d'appeler à enlever les soutien-gorge. La population étudiée, très hétéroclite, ne permet pas de dire ça. En revanche, les résultats préliminaires méritent qu'on se penche sur le soutien-gorge, en ce qu'il pourrait être contre-productif. Aussi, j'espère que ça donnera envie à un grand centre de recherche de poursuivre mes travaux. Il faudrait maintenant une étude à plus grande échelle, pour voir s'il ne protège pas, finalement, que du froid et des regards.

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