La photo du visage de Wilfred, publiée sur Facebook le lendemain de l'agression dont il a été victime avec son compagnon, dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 avril à Paris
La photo du visage de Wilfred, publiée sur Facebook le lendemain de l'agression dont il a été victime avec son compagnon, dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 avril à Paris - Capture Facebook

«Je veux que ça se sache». Dimanche matin, Wilfred a quand même un peu hésité avant de publier sur Facebook une photo de son visage tuméfié. «On s'est posé la question... C'est vrai que ce n'est pas de très bon goût», a-t-il expliqué à 20 Minutes. S'excusant en anglais sur le réseau social d'y publier pareille image, il explique qu'il s'agit du «visage de l'homophobie». Ce lundi, son compagnon indique avoir porté plainte dans l'après-midi. Contacté par 20 Minutes, le parquet de Paris n'en avait pas connaissance dans l'immédiat.

Car dans la nuit de samedi à dimanche, avec son compagnon, ils ont été victimes d'une violente agression, alors qu’ils se trouvaient près de la station de métro Ourcq, à Paris (19ème). «Il était 3h30 du matin, on rentrait d’un anniversaire. On était bras dessus, bras dessous, mais rien de très voyant... On était joyeux», raconte Wilfred. «Là, on s'est fait héler et ensuite, je ne sais plus ce qu'il s'est passé. C'est le trou noir». L’homme de 38 ans explique avoir repris connaissance quelques instants plus tard, le visage en sang, dans une ambulance.

Sept fractures sur le visage

C'est son ami Olivier, 23 ans, encore très choqué, qui raconte le déchaînement de violence dont ils affirment avoir été victimes. «Ça a été très rapide. J'ai simplement entendu: "Ah des homosexuels" et j'ai été frappé au visage à six reprises». A côté de lui, Wilfred est étendu sur le sol. «Ils ont pris sa tête pour un ballon de foot», raconte-t-il.

Après avoir réussi à mettre les agresseurs en fuite, «peut-être trois personnes», Olivier monte dans l'ambulance qui conduit le couple à l'hôpital de Lariboisière. Wilfred y passera la nuit, avant d’en ressortir dimanche matin avec une incapacité totale de travail (ITT) de 10 jours, racontent les deux hommes. «J'ai sept fractures sur le visage, des morceaux d'os dans le crâne, une grande dent de devant qui n'est plus là et des points de suture à la lèvre», détaille ce Hollandais, installé en France depuis 10 ans. Mais heureusement «pas de dommages internes».

Homophobie légitimée

Alors, dimanche matin, en sortant de l'hôpital, il a demandé à son ami de le prendre en photo. C'était la première fois que le deux hommes se faisaient agresser. Une fois de trop. Y voyant un lien avec les «discours choquants de responsables politiques», et à la parole des opposants au «mariage pour tous» qui «s'est libérée», il fallait réagir. En publiant cette image sur Facebook. «On sait comment ça marche», sourit Wilfred, qui a longtemps milité au centre LGBT Paris-Ile de France.

Depuis, elle s’est répandue sur le réseau social. «C'est malheureux, mais c'était peut-être le moment de le faire», estime Elisabeth Ronzier, la présidente de SOS homophobie, avec qui le couple a échangé plusieurs mails. Elisabeth Ronzier constate en effet que «depuis une dizaine de jours, ça devient de plus en plus violent. Certains se sentent légitimés dans leur homophobie».

Une violence qui a désormais un visage. Celle de Wilfred. «J'ai pris le risque de me mettre en avant», explique-t-il. Quant à son compagnon Olivier, il n'était pas forcément pour, mais «on s'est mis d'accord». Alors, ensemble, ils ont «enlevé tous les miroirs de l'appartement» et se sont préparés à «lire des réactions pas très plaisantes sur Facebook». Heureusement, celles-ci sont plutôt réconfortantes. «Ça fait du bien», souligne Wilfred.

Rassemblement «d'urgence»

Act-Up Paris appelle à un rassemblement d'urgence contre l'homophobie et pour l'égalité des droits, mercredi 10 avril dans le Marais. Le rendez-vous est fixé à 20h, rue des Archives à Paris (3ème).

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