Des jeunes et des bouteilles d'alcool, place de la République à Strasbourg, le 2 juillet 2012
Des jeunes et des bouteilles d'alcool, place de la République à Strasbourg, le 2 juillet 2012 - VARELA/20 MINUTES/SIPA

Maud Pierron

Et si des scientifiques avaient trouvé le remède à la gueule de bois et à l’état d’ébriété? Des biochimistes de l’université de Los Angeles, en Californie (UCLA) ont mis au point une nanocapsule qui accélère la diminution du taux d’alcool dans le sang. Une nouvelle technique testée avec succès sur des souris, et uniquement sur des souris pour l’instant, d’après une étude publiée dans la très sérieuse revue Nature.

Les scientifiques ont utilisé une technique novatrice: ils ont réunis deux enzymes spécifiques dans une même nanocapsule de manière à ce qu’elles interagissent entre elles pour accélérer la dégradation de l’alcool. En fait, il s’agit de «bloquer les effets du produit pour couper les symptômes», résume Laurent Karila, addictologue et auteur de plusieurs livres sur le sujet*.  «C’est un beau travail, très intéressant, mais il faut rester prudent: pour l’instant il ne s’agit que d’une expérimentation sur des souris, il ne faut pas crier partout ‘ils ont trouvé le traitement qui résous la gueule de bois’», tempère –t-il.

Attention aux effets pervers

Ce médicament pourrait avoir de réels effets bénéfiques, notamment pour le traitement des ivresses aigues, des intoxications alcooliques aigues ou même des comas éthyliques. «Si ça fonctionnait, ce serait une piste de traitement, une espèce d’antidote, parmi tout un panel de traitements possibles», rappelle le médecin. Mais Laurent Karila appelle à la prudence car «on ne traite pas le problème de fond». Et, ajoute-t-il, «traiter l’ivresse aigue, c’est bien, mais cela ne change rien à l’impact de l’alcool sur le corps et le psychique». Ça n’a donc rien d’un médicament miracle. Oui, en théorie, vous pourriez par exemple repartir d’une soirée bien arrosée au volant de votre voiture Si, en théorie et si ce médicament était adapté à l’homme, vous pourriez reprendre votre voiture après avoir beaucoup bu grâce à cette capsule, les dégâts sur votre foie seraient les mêmes.

Pire, l’un des effets pervers de ce type de remède pourrait même être d’encourager certaines personnes à boire plus et plus souvent, puisqu’une pilule magique supprimerait tous les effets nocifs et désagréables, du moins ceux directement visibles. D’où, préconise-t-il, dans l’hypothèse où cette expérimentation devient un médicament, la nécessité de ne pouvoir l’administrer que sous «prescription médicale» dans un cadre très strict.

*: Le dernier, sorti le 13 février chez Flammarion, Accro.