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Oihana Gabriel

L’attractivité oui, la ville musée non. Paris, première destination touristique du monde avec ses 30 millions de visiteurs par an, cherche un équilibre délicat pour séduire les voyageurs tout en ménageant les Parisiens. Car avec l’explosion du nombre de sites d’échange ou de location d’appartements (wimdu, 9flats, Sejourning, homeexchange...), la Mairie est poussée à mieux encadrer le phénomène pour éviter que des propriétaires mettent en location des meublés au mois, plus lucratifs qu’à l’année. Et ainsi participer à la spéculation immobilière.

 Mieux cadrer l’explosion des locations à Paris

 En passant de 4.000 annonces à presque 14.000 entre février 2012 (ouverture de leurs locaux parisiens) et février 2013, Airbnb, réseau social pour la location d’appartements et de chambres chez l’habitant, bouscule les us et coutumes des Parisiens. Si les propriétaires voient d’un bon œil la possibilité de louer un week-end ou un mois par an leur bien, le site pourrait priver d’appartements les Parisiens, déjà très touchés par la crise du logement.

 Olivier Grémillon, directeur France de ce site, assure ne pas participer à la spéculation des loyers parisiens: la majorité des «hôtes Airbnb» proposent leur résidence principale. Mais ce dernier avoue que son site est actuellement en discussion avec plusieurs adjoints de la Mairie de Paris pour lever le flou sur la location d’appartements. «On travaille sur une charte de qualité, souligne Olivier Grémillon. Toute clarification sera la bienvenue, car certains propriétaires n’osent pas mettre en location leur bien parce qu’ils ne savent pas à quoi ils s’exposent.»

 Difficile pour l’instant de savoir comment cadrer le phénomène: le seuil concernera-t-il la durée de la location, la quantité de biens pour un même propriétaire, un nombre arrêté d’appartements en location saisonnière par arrondissement? «Il est hors de question qu’une centaine ou un millier d’appartements sortent du marché du logement à Paris, assure Jean-Bernard Bros (PS), adjoint chargé du tourisme à la Mairie. On est en train de chercher des règles pour différencier les Parisiens qui louent leur résidence principale quelques semaines par an et les propriétaires qui font commerce à la semaine de dix appartements et qui sont de vrais professionnels.»

La mode du tourisme authentique

La Mairie souhaite ainsi éviter que Paris ne subisse le «syndrome de Venise»: une ville désertée de ses habitants. D’autant plus que la capitale fait déjà face à l’émergence d’une population accusée de participer à l’augmentation des loyers: les résidents secondaires qui achètent un appartement pour y vivre quelques mois par an. Dans une enquête publiée à la fin janvier, Paris, résidence secondaire, trois ethnologues dressent des portraits de ces Parisiens intermittents.

Pour Emmanuelle Lallement, une des auteures, la multiplication du nombre de résidents secondaires à Paris et l’explosion des sites d’échange et de location d’appartements «sont liés mais ne recouvrent pas les mêmes pratiques». Car si ces deux populations viennent chercher une vie locale pour ne pas ressembler à un vulgaire touriste, leur sociologie diffère: les résidents secondaires ont en général plus de 50 ans et un certain pouvoir d’achat quand la moyenne d’âge des aficionados d’Airbnb tourne autour de 35 ans.

 Mais surtout ces deux populations ne s’intéressent pas aux mêmes coins de Paris. Si l’île Saint-Louis, et en général les quartiers centraux, sont très prisés par les étrangers, les hôtes d’Airbnb se concentrent dans les arrondissements populaires: 18e, 11e et 10e. Reste à savoir si ces résidents secondaires, au vu du succès de ces sites de location, feront commerce de leur pied-à-terre parisien.