Fainéants, surpayés... Les salariés français correspondent-ils vraiment à tous ces clichés?

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Publié le 22 février 2013.

POLEMIQUE – Maurice Taylor, le PDG de Titan International, a taclé à plusieurs reprises les salariés français...

Dans une lettre adressée à Arnaud Montebourg, puis dans différents médias, Maurice Taylor, le PDG de Titan International, a vivement critiqué les «soi-disant ouvriers» de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord mais aussi les salariés français. Ces propos sont-ils justifiés? «20 Minutes» fait le point…

Idée reçue n°1: Les salariés français travaillent peu

La citation de Maurice Taylor:

«Quand j'ai visité l'usine (de Goodyear Amiens-Nord, ndlr), j'ai remarqué que les ouvriers travaillaient, aussi bien qu'ailleurs, pendant trois heures, mais après, le reste du temps, ils avaient leur pause d'une heure et puis, ils bavardaient, ils glandaient.»

Et alors?

Le temps de travail en France –35 heures– est régulièrement pointé du doigt. Concrètement, les salariés français, que leur temps de travail soit annualisé ou pas, travaillent en tout 1.600 heures par an (210 jours pour les cadres). Contrairement à ce que semble penser Maurice Taylor, c’est plus que les Allemands, dont le temps de travail, qui a diminué de 3,2% depuis 2008, se situe à 1.380 heures, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Au-delà du temps de travail, il y a la question de la «glande» au boulot, et donc de la productivité. Et sur ce point, les études sont unanimes: les Français sont parmi les salariés les plus productifs au monde. C’est ce que rappelle en outre l’Office national des statistiques (ONS). En 2010, les travailleurs français étaient les deuxièmes plus productifs au monde, derrière les Américains.

Idée reçue n°2: Ils sont trop payés

La citation de Maurice Taylor:

«Les salariés français [de l’usine] touchent des salaires élevés… (…) Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire.»  

Et alors?

Le coût du travail en France est en effet élevé par rapport à celui de la Chine évidemment, mais aussi par rapport à celui de la moyenne européenne. D’après Eurostat, en 2011, l’heure de salaire coûtait à une entreprise 34,2 euros et ce, toutes charges comprises. C’est moins qu’au Danemark (38,6), qu’en Suède (39,1) ou qu’en Belgique (39,3), mais c’est plus qu’en Allemagne (30,1) et qu’au Royaume-Uni (20,1).

Et pourtant, et c’est là tout le paradoxe, les travailleurs français sont loin de recevoir les salaires les plus élevés. D’après le Comparatif social européen, le salaire mensuel brut moyen des Français en 2010 était de 2.567 euros, derrière ceux du Danemark (4.264), de la Suède (2.877) et de la Belgique (2.965), mais aussi de l’Allemagne (2.882) et du Royaume-Uni (2.800). Au final, plus que les salaires, ce sont donc les cotisations sociales et fiscales qui coûtent cher à un employeur souhaitant recruter en France.

Idée reçue n°3: Le droit du travail est trop contraignant en France

La citation de Maurice Taylor:

«Les ouvriers français, on ne peut pas les suspendre, on ne peut pas les licencier.»

Et alors?

Sur l’aspect «suspension», le chômage partiel contredit les propos de Maurice Taylor. D’autant plus que ce dispositif a été particulièrement utilisé par les entreprises. En moyenne, près de 90.000 salariés se sont retrouvés au chômage partiel chaque mois entre 2007 et 2010, avec, encore en moyenne, trente heures chômées mensuellement, selon des chiffres du ministère de l'Emploi, publiés en janvier 2012.

Sur l’aspect «licenciement», il est effectivement plus difficile de mettre fin à un contrat à durée indéterminée (CDI) en France que dans de nombreux autres pays. Maurice Taylor n’est pas le seul à reprocher cet aspect à la France. Au mois de mai, dans ses perspectives économiques, l’OCDE estimait que «la stratégie budgétaire de la France devrait s’accompagner de réformes structurelles du marché du travail».

Lors de ses dernières recommandations, la Commission européenne demandait également à Paris de revoir à la baisse la sécurité de son CDI. L'institution rappelait qu'en France, les chances d'évoluer d'un CDD à un CDI sont passées de 45% en 1995 à 12,8% en 2010 -alors que ce taux est à 25,8% en Europe. Pour la Commission, revoir «le haut niveau de protection» du CDI serait donc la solution pour favoriser l'emploi durable. 

Pour l’économiste Eric Heyer, ce qui freine les recruteurs, c’est surtout «l'incertitude quant au niveau du coût du licenciement», puisque les salariés peuvent contester leur licenciement longtemps après avoir quitté l’entreprise (pendant un an en cas de licenciement économique, cinq ans sinon – ce sont les délais les plus longs d’Europe).

Malgré tout, la France n’est pas moins flexible que les autres pays, puisque les contrats courts et l’intérim y sont très présents. Et le travail pourrait encore gagner en flexibilité, si le parlement valide l’accord sur l’emploi négocié en début d’année par les partenaires sociaux.

Celui-ci prévoit notamment la possibilité de conclure avec des syndicats, à condition qu'ils représentent une majorité de salariés, un accord d'une durée maximale de deux ans prévoyant une baisse de salaire et/ou une augmentation du temps de travail en échange d'un engagement de maintien de l'emploi sur sa durée. De même, les règles devraient être assouplies concernant les licenciements économiques.

Céline Boff
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