Nantes: Le père est descendu «épuisé» mais combatif

NANTES L'homme était en haut d'une grue depuis quatre jours...

Aurélie Delmas avec Reuters

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 Serge Charnay descend de la grue, Nantes, 18 février 2012

 Serge Charnay descend de la grue, Nantes, 18 février 2012 — Fabrice Elsner/20Minutes

Serge Charnay, le père divorcé retranché en haut d'une grue depuis vendredi, est redescendu ce lundi soir, comme il l'avait annoncé plus tôt dans la journée. Perché en haut d'une ancienne grue du port de Nantes, il voulait obtenir le droit de voir son fils, qu'il n'a pas pu voir depuis deux ans.

Bien qu'«épuisé»  et «furieux» des propos du gouvernement sur le droit des pères, selon ses propres dires, Serge Charnay a tenu à exprimer «une pensée pour tous ces enfants qui sont séparés (…) dont les papas doivent se battre sans arrêt même quand ils ont la garde».  

«Je ne suis pas prêt de revoir mon fils»

Ce père d'un petit Benoît, réclame plus d'égalité dans les décisions de justice sur la garde des enfants. Il demandait au début de son action le rétablissement de son droit de visite, supprimé après son refus à deux reprises, en 2000 et 2011, de rendre son fils à sa mère à l'issue de vacances. «Je suis monté pour la cause des pères, absolument pas pour mon cas personnel» a-t-il précisé aux journalistes réunis au pied de la grue.

«C'est pas fini, loin de là» a affirmé Serge Charnay. Il a estimé que les nouvelles démarches judiciaires que les autorités lui ont proposé d'engager prendraient beaucoup de temps et que son enfant aurait le temps de l'oublier. «Je ne suis pas prêt de revoir mon fils» a déploré l'homme.

Serge Charnay, un ancien informaticien de 43 ans, a décidé de cesser son action après une réunion sur les droits des pères organisée par la ministre de la Justice, Christiane Taubira, à la demande du Premier ministre, qui s'est saisi du dossier. Mais il s'est dit déçu par les gestes du gouvernement, estimant qu'il s'agissait de propos sans lendemain et s'en est pris aux femmes ministres du gouvernement.

Les enfants chez leur mère: bataille des chiffres

«Je demande aux médias d'arrêter de divulguer les faux chiffres que nous servent le "parti du ministère des Femmes" qu'on a mis au pouvoir à grand frais de nos impôts, avec Najat Vallaut-Belkacem en tête, et le ministère de la Famille par madame Bertinotti», a-t-il dit. Selon une étude du ministère de la Justice, dans 76,8% des cas de divorce en 2010, les enfants sont hébergés chez leur mère en résidence principale mais Serge Charnay estime que ce pourcentage est de 85%.

A l'issue de la réunion avec les associations au ministère de la Justice, Christiane Taubira a reconnu que le geste de Serge Charnay avait conduit le Premier ministre a juger «très urgent de recevoir ces associations».

Pour autant, la ministre a estimé que les associations jugeaient «les lois satisfaisantes» et se contentaient de «contester la façon dont les jugements sont prononcés».

Une manifestation ce mercredi à Nantes

Elle s'est prononcée en conséquence pour un développement de la médiation et a invité, au-delà des statistiques, à examiner le nombre de cas où le père demandait réellement la garde de l'enfant.

L'action spectaculaire du père divorcé survient à quelques jours d'une manifestation prévue mercredi à Nantes par l'association «SVP Papa» pour «dénoncer les dérives du pouvoir judiciaire» en matière de justice familiale. Le président de «SOS Papa», Fabrice Mejias, s'est déclaré à moitié déçu par la réunion au ministre de la Justice, jugeant que «le discours qui est tenu est malgré tout très politique et très politicien». «Ça ne correspond pas aux attentes des papas qui sont aujourd'hui en attente de signaux forts», a-t-il dit.

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