«La France orange mécanique»: Le livre choc sur la délinquance

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Publié le 14 février 2013.

SECURITE – Dans son premier livre, «La France orange mécanique», Laurent Obertone affirme qu’il y a 200 viols par jour dans l’Hexagone, soit environ un toutes les sept minutes…

Sorti début janvier, le livre* culmine au top 10 du classement des ventes sur Amazon, entre Marc Levy et Johnny Hallyday. «On a commandé 18.000 réimpressions», assure-t-on aux éditions Ring, où l’on persuade que «ce succès est parti d’Internet, du bouche à oreille, malgré l’absence de couverture médiatique». Avec «La France orange mécanique», Laurent Obertone (c’est un pseudonyme) a jeté un pavé dans la marre des statisticiens, criminologues et sociologues de la délinquance. Jeune journaliste de 28 ans, ce diplômé de l’école supérieure de journalisme (ESJ) de Lille a lâché son poste de localier dans un hebdomadaire départemental de Champagne-Ardenne pour s’intéresser aux «vrais chiffres», dit-il, de la «réalité de la violence».

Bienvenue dans une France ultra-violente, où les bandes, les violeurs et les voyous vous attendent au coin de la rue, vous frappent gratuitement, pour un simple regard. «13.000 vols, 2.000 agressions, 200 viols toutes les 24 heures», assure-t-il, s’appuyant sur les «enquêtes de victimation» réalisées régulièrement par l’Insee et l’Observatoire national de la délinquance (ONDRP). Des chiffres officiels «trois fois supérieurs» à ceux communiqués par le ministère de l’Intérieur. Discours alarmiste? Sécuritaire? «Ces chiffres sont publics. C’est la réalité qui est extrémiste, abominable, et je ne peux pas faire autrement que de l’affronter», se défend-il.

Justice laxiste

«J’ai rencontré beaucoup de victimes. J’ai voulu me placer de leur côté pour raconter leur quotidien», jure-t-il, se refusant à «trouver des excuses aux délinquants». «Dans notre pays s’est déroulée une véritable révolution culturelle. On ne se sent intellectuellement supérieur que lorsque l’on prend position pour le criminel et qu’on s’efforce d’en minimiser la responsabilité. Faute de quoi on fait partie des bourgeois, des beaufs, de ceux qui stigmatisent, qui amalgament, qui raisonnent simpliste et qui votent sans doute populiste», écrit-il. Décomplexé? «Je l’assume», tranche-t-il. Populiste ? «Populaire», corrige-t-il. On n'est pas loin du style de Zemmour et Ménard...

La liste des faits divers tirés de la presse nationale et surtout régionale s’abat au fil des pages, au service de ce qu’il entreprend de démonter. Justice laxiste, bonne morale gauchiste, statistiques partielles et orientées… Ses ennemis? Les sociologues «bien-pensants», les médias «complices du système», les déclarations «d’un autre temps» de Christiane Taubira, la politique «de Français autochtones, de gauche comme de droite, coupables d’avoir favorisé une immigration de peuplement coupée des réalités économiques et sociales».

«Dernier avatar du lobby sécuritaire»

Un tel point de vue sur la délinquance ne pouvait être que préfacé par Xavier Raufer, criminologue, qui averti d’entrée de livre: «Vos questions vont singulièrement vous compliquer l’existence. Une meute de persécuteurs polyvalents, d’antifascistes oniriques, de suffragettes de ligues de vertu, va vous tomber sur le poil», prévient-il. Jeu de l’esprit et formules littéraires pour se protéger d’éventuelles critiques.

Pourtant, dans le camp adverse, le sociologue et spécialiste de la délinquance, Laurent Mucchielli, auteur de l’«Invention de la violence», ne pouvait pas rester de marbre. «Ce livre est parfaitement scandaleux. C’est le dernier avatar du lobby sécuritaire», conteste-t-il. «C’est du marketing commercial pour faire peur aux gens car ces chiffres étaient connus depuis longtemps», réagit-il. La principale faute d’Obertone? «Il finit en conclusion par dire que la violence, c’est la faute des immigrés. Bref, du sous-journalisme au service du tout sécuritaire.»

Sans doute, ses thèses et positions ne manqueront pas d’être reprises par le Front national, sur lequel d’ailleurs il émet des jugements critiques. Laurent Obertone estime que son livre n’est pas «politisé» et attend de travailler «avec la gauche». Paraît-il, Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, en aurait lu les bonnes feuilles. Que l’on soit d’accord ou non avec lui, son livre convainc définitivement le lecteur que la sécurité n’a rien à voir avec les chiffres. Mais bien avec la façon dont ils sont utilisés, au service d’une idéologie, quelle qu'elle soit.

*«La France orange mécanique», Laurent Obertone, Ring, 18 euros

William Molinié
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