Rassemblement des salariés de Good Year devant les bureaux de Dunlop et Good Year contre la fermeture du site d'Amiens, à Rueil-Malmaison le 12 février 2013.
Rassemblement des salariés de Good Year devant les bureaux de Dunlop et Good Year contre la fermeture du site d'Amiens, à Rueil-Malmaison le 12 février 2013. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Six compagnies de CRS. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avait prévenu qu’il ne laisserait pas les salariés des entreprises en difficulté «casser», «briser» et «lancer des boulons sur les CRS». L’imposant déploiement des forces de l’ordre devant le siège de Goodyear, ce mardi matin, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) a sans doute empêché les employés de perturber la tenue du comité central d’entreprise (CCE), réunissant direction et représentants syndicaux. Mais il n’a pas évité quelques bouteilles, fumigènes ou pommes de terre lancées en direction des CRS.

Agacés par les déclarations du ministre dans les médias, les responsables syndicaux ont dénoncé dès le début de la manifestation des «manœuvres» du gouvernement pour «discréditer» l’action des salariés de Goodyear, rejoints par plusieurs délégations d’entreprises en difficulté comme PSA-Aulnay, Sanofi, Arcelor ou encore Presstalis. «Notre usine est menacée de fermer. Quelle est la réponse du gouvernement? Nous envoyer les cars de CRS pour démontrer que nous sommes des bandits», lâche Mickaël Wamen, leader CGT de la lutte de Goodyear à Amiens-Nord.

Œufs et patates

Plusieurs sources policières et gouvernementales ont fait état ces dernières semaines d’inquiétudes concernant une possible radicalisation du conflit social. Mickaël Wamen refuse de «tomber dans ce piège». «Les voyous, c’est pas nous. La seule chose qu’ils attendent, c’est qu’on aille casser notre usine. On respecte notre outil de travail», lâche-t-il. «Ne répondons pas à la provocation», scande-t-il, perché sur son camion de la CGT, aux premiers salariés, œufs et patates en mains, prêts à les envoyer sur les CRS qui font avancer leurs camions anti-émeute.

Dans la foule, l’ancien candidat du NPA à l’élection présidentielle, Philippe Poutou, reconnaît que la mobilisation –environ un millier de personnes– n’est pas aussi forte qu’espérée. «Mais on attend un réveil social», assure-t-il. Son prédécesseur, Olivier Besancenot, lui aussi présent, regrette que le «seul ministère qui s’occupe de l’emploi [soit] le ministre de l’Intérieur».

«Ils voulaient montrer qu’on est des voyous»

Rejoints par les salariés de PSA à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), les Goodyear accentuent la pression sur le cordon de CRS. Fumigènes, bouteilles en verre, quelques pierres… L’atmosphère se tend mais la situation est sous contrôle. Les forces de l’ordre baissent la tête sous leurs boucliers, encaissent, sans tenter d’interpeller, ne brandissant que leurs bombes lacrymogènes quand un manifestant s’approche trop prêt d’eux.

A la sortie du CCE, les gros bras de la CGT obligent les derniers salariés menaçants à faire demi-tour vers les cars qui les ramèneront à Amiens. «Ce n’est pas le jour. Que va-t-on faire face à ces centaines de CRS, hein?» se raisonne l’un d’entre eux. Le retrait est salué par leur leader. «Ils voulaient montrer qu’on est des voyous. Ils n’ont pas réussi. On a gagné», se satisfait Mickaël Wamen. Et les jets de bouteilles sur les CRS? «La direction a fait venir des casseurs», répond-il.

Pas d’interpellation, pas de blessé. Le bilan semble satisfaire les deux parties. Le mois prochain, un nouveau CCE est programmé au même endroit. «On sera là, encore», promet un manifestant.

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