La Cour de cassation a suspendu jeudi jusqu'en décembre une des instructions en cours à Paris sur le Mediator dans l'attente que soit réglée une nouvelle demande de regroupement à Paris des différents volets de ce scandale sanitaire.
La Cour de cassation a suspendu jeudi jusqu'en décembre une des instructions en cours à Paris sur le Mediator dans l'attente que soit réglée une nouvelle demande de regroupement à Paris des différents volets de ce scandale sanitaire. - Fred Tanneau afp.com

Vincent Vantighem

Pour les victimes, les effets du Fonds d’indemnisation lié au scandale du Médiator mettent du temps à se faire ressentir. Mis en place en septembre 2011 par le gouvernement, le collège d’experts placé sous l’égide de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) n’a étudié que 1.493 dossiers de présumées victimes sur les 7.721 qu’il a reçus. Ce bilan –dont 20 Minutes a pris connaissance– a été communiqué aux associations de victimes le 17  janvier. Il doit d’ailleurs faire l’objet d’une conférence de presse officielle de l’Oniam, ce jeudi.

Des expertises contradictoires

«Je suis très en colère du retard pris, confie Dominique Courtois, président de l’Association d’aide aux victimes du Médiator (Avim). Mais surtout des conclusions du collège…» Les experts –qui examinent une centaine de dossiers par semaine– n’ont, pour l’instant, reconnu la responsabilité du médicament de Servier que dans 68 dossiers de victimes sur 1.493. Autrement, plus de 95% des demandes d’indemnisation ont été rejetées. «Chez certains patients, on se retrouve avec des situations totalement contradictoires, déplore Dominique Courtois. Les experts judiciaires qui ont examiné les victimes reconnaissent la responsabilité du Médiator. Mais pas le collège d’experts qui se prononce uniquement à partir du dossier médical…»

>> Tous les articles sur le Mediator, c'est par ici

Directeur de l’Oniam, Erik Rance reconnaît que les méthodes des experts ont évolué. «Ils ont intégré les études les plus récentes en cours de route, confie-t-il. Quelques très rares patients se sont vus refuser une indemnisation alors qu’ils pourraient y prétendre aujourd’hui. » Mais pas question pour l’instant de réexaminer les dossiers litigieux. «On voudrait bien le faire mais le décret actuel ne le permet pas…» La situation pourrait toutefois évoluer favorablement. Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a été alertée. «Elle nous a fait part de son soutien, conclut Dominique Courtois. Elle pourrait donc agir pour les victimes.»

Servier propose entre 7.000 et 40.000 euros

Les 68 dossiers retenus par l’Oniam se sont vus proposer des indemnisations allant de 7.000 à 40.000 euros par les laboratoires Servier. «Servier ne retient ni le préjudice d’angoisse, ni le préjudice économique en cas de perte d’emploi», regrette Dominique Courtois. Les victimes peuvent refuser l’indemnisation et tenter de négocier avec Servier.