Réseaux sociaux: «Prof, j'ai accepté une élève en ami sur Facebook et je l'ai vite regretté»

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Publié le 28 janvier 2013.

TÉMOIGNAGES - Comment se comporter sur les réseaux sociaux avec ses élèves? Quatre professeurs de collège et lycée nous racontent leurs habitudes numériques et leurs bonnes ou mauvaises expériences...

Les nouvelles générations de professeurs (25-30 ans) et leurs élèves ont un point commun: ils appartiennent tous à la génération C, celle des «Digital Natives». Ceux pour qui Youtube, MSN Live Messenger et bien sûr Facebook sont des évidences plus que des outils. Selon une étude IFOP de novembre 2012,  77% des 18-24 ans ont un compte Facebook, pour  62% des 25-34 ans. L’occasion de se retrouver sur le réseau social après les cours? Nous avons posé la questions aux internautes de 20 Minutes. Si le numérique a fait son entrée en classe, en privée, les professeurs préfèrent encore garder leur distance. Quatre professeurs de collèges et lycées nous expliquent pourquoi.

«Si je les ajoute en ami, je sape mon autorité»

«Ils n’ont pas à connaitre ma vie privée et je n’ai pas à connaitre la leur». Le verdict de Virginie, professeur de mathématiques en Mayenne, est sans appel. Elle n’hésite pas à «refuser en ami» les élèves qui pourraient la chercher sur un réseau social, pour rester «dans son rôle». Une attitude «déontologique» lâche même Freddy, prof à La Réunion. «Sinon, mon autorité serait plus difficile à mettre en place, écrit Sandrine*, 25 ans, qui enseigne dans un village de 300 habitants. Le mystère impose une forme de respect.». Quitte à modifier son profil, à enlever toute photo «pour être introuvable», ou à le «verrouiller» comme Virginie. «La vie des professeurs intrigue, estime Sandrine*. On voudrait savoir ce qu'ils font de toutes leurs vacances ou ce qu'ils pensent de leurs élèves.»

Pendant sa première année, @MsieurLeProf, prof d’anglais de 24 ans, n’avait pris aucune précaution. Résultat, «certains élèves m'avaient pisté» raconte-t-il. Mauvaise surprise, il avait alors découvert «une sorte de flashmob version ados pénibles». «Un élève perturbateur avait publié un événement, se souvient-il, appelant les autres élèves à ne pas apporter leurs affaires et à être ingérables un jour précis». En cliquant sur le profil d’une mère d’élève, Sandrine* a elle découvert que celle-ci l’y «insultait». «En discutant avec des collègues, j'ai découvert que c'était "monnaie courante" dans notre métier. Facebook est un défouloir et c'est bien connu, on n'aime pas les profs...».  Teddy, lui, a une fois accepté une invitation d’une élève de Terminale qui témoignait d’un certain «mal-être». «En temps que prof principal on croit tout pouvoir résoudre, confie-t-il. J'ai vite compris mon erreur. Je l'ai retiré de la liste au bout de trois semaines et ça m’a vacciné!».

Il en a même profité pour les sensibiliser à «la notion de confidentialité». «Je me suis rendu compte que nos élèves boivent, fument et passent énormément de temps sur leur profil au détriment de leur travail», écrit-il. Teddy leur a alors fait remarquer qu’il pouvait sans difficulté voir toutes ses publications. «Effet boule de neige, j'entendais des "oté i gaigne espionne à nous!" (Il peut nous espionner). Du coup maintenant ils paramètrent assez bien leur profil».

«Pour l’administration, ça n’a pas l’air d’exister»

Celui qui se cache sous le compte twitter @MsieurLeProf, s’affiche clairement comme enseignant sur le réseau social. Pourtant, aucun de ses élèves ne connait son identité virtuelle. Il a créé son compte, non pas pour dialoguer avec parents et enfants, mais pour lui, un peu perdu à l’issue de sa formation. «J’avais besoin de conseils instantanément, explique-t-il, j'ai donc cherché des blogs de professeurs, qui m'ont conduit sur Twitter, où une petite communauté de professeurs communique régulièrement.» Un compte professionnel, où il se contente de relayer «des "perles d'élèves", des anecdotes ou de partager ses cours». 

Pour le perso, @MsieurLeProf utilise Facebook, en s’abstenant bien de tout contact avec ses élèves. Exception faite de certains, qui passaient au lycée, «et parce que je venais de quitter l’établissement». Cinq élèves l’ont alors ajouté. «Polis», ils lui parlent de leurs nouveaux professeurs, et lui, garde «un œil sur leurs parcours». Une relation numérique impossible, selon @MsieurLeProf, s’il n’avait pas changé de collège. «Entre professeurs, on se juge plus qu'on n'ose l'avouer, pense ce jeune prof d’anglais. Facebook crée une certaine intimité, quel que soit le degré de protection que l'on accorde à son profil. L’élève pourra toujours se vanter d'avoir tel professeur en "ami". Et même si tout ceci n'est que virtuel, le "copinage" est toujours mal vu, que ce soit par les autres élèves ou les professeurs.»

Malgré la démocratisation difficile à nier des réseaux sociaux, et les malaises qu’ils peuvent induire, les normes en la matière sont plutôt inexistantes ou du moins «très floues, assure l’enseignant. On ne sait pas vraiment où se placer.» @MsieurLeProf, Sandrine*, Teddy ou Virginie sont tous unanimes: aucune consigne de «bonnes pratiques» n’est donnée par le ministère de l’Education Nationale, les chefs d’établissements ou quiconque. «Pour l’administration, ça n’a pas l’air d’exister ni d’avoir aucune incidence sur la vie des élèves», regrette Teddy. Chaque enseignant agit alors selon ses habitudes «en ligne», son intégrité et ses propres limites. Seule intervention notée, depuis deux mois, le serveur du lycée de Teddy bloque toute tentative de connexion à plusieurs sites, dont Facebook et Youtube «où l’on trouve pourtant des vidéos qui présentent un réel intérêt pédagogique». 

* Le prénom a été modifié

Témoignages recueillis et édités par Christine Laemmel
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