Fuite de gaz à Rouen: Une enquête judiciaire ouverte sur l'usine Lubrizol

MERCAPTAN L'enquête porte sur une «mise en danger de la vie d'autrui»...

avec AFP

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Les opérations de neutralisation du mercaptan, un gaz nauséabond qui s'échappe depuis lundi d'une usine chimique de Rouen, ont débuté mercredi, peu avant 1H00 du matin, et la ministre de l'écologie Delphine Batho a annoncé qu'une enquête administrative sera ouverte sur cette pollution.

Les opérations de neutralisation du mercaptan, un gaz nauséabond qui s'échappe depuis lundi d'une usine chimique de Rouen, ont débuté mercredi, peu avant 1H00 du matin, et la ministre de l'écologie Delphine Batho a annoncé qu'une enquête administrative sera ouverte sur cette pollution. — Charly Triballeau afp.com

Une enquête judiciaire pour «mise en danger de la vie d'autrui» a été ouverte mardi et confiée à la gendarmerie à la suite du dégagement de mercaptan à l'usine Lubrizol de Rouen, a déclaré mercredi le parquet. «Il s'agit de se doter d'un cadre pour voir si la cause est de nature pénale», a-t-on indiqué de même source. L'enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Rouen qui sera assistée d'un office spécialisé dans l'environnement.

Les opérations de neutralisation du mercaptan, un gaz nauséabond qui s'échappe depuis lundi d'une usine chimique de Rouen, ont débuté mercredi, peu avant 1h du matin, et la ministre de l'Ecologie Delphine Batho a annoncé qu'une enquête administrative sera ouverte sur cette pollution. Les opérations, qui ont commencé avec trois heures de retard en raison de travaux préparatoires plus importants que prévu, consistent à transférer le contenu du bac d'où s'échappe le mercaptan vers un autre bac contenant une solution sodée.

Une tonne de gaz sur 36 neutralisée

Environ 900 kilos de mercaptan, le gaz nauséabond qui s'échappe depuis lundi de l'usine chimique Lubrizol de Rouen, avaient été neutralisés mercredi matin, sur un total de 36 tonnes, a déclaré la ministre de l'Ecologie, Delphine Batho. «A l'heure où je vous parle (...) 900 kilos de ce mélange instable ont été traités sur 36 tonnes», a déclaré la ministre sur Europe 1, «ce qui veut dire que cela va prendre maintenant un certain temps» pour achever les travaux. «Une fois que la cause de cette pollution aura été traitée, il y aura bien sûr une enquête administrative pour en déterminer l'origine et pour établir les responsabilités de l'exploitant», a annoncé mardi soir à l'AFP Mme Batho après s'être rendue sur le site. «Je pense qu'on aura une évaluation maintenant plus précise et plus nette à la fin de cette nuit, pour savoir si le protocole qui est mis en place fonctionne», a précisé la ministre.

Mardi, Delphine Batho avait précisé que les opérations de neutralisation pourraient durer plusieurs jours. Durant les opérations de neutralisation, des restrictions de circulation ont été prises aux abords immédiats de l'usine Lubrizol. L'Etat a fait le choix de réaliser les opérations de nuit pour éviter «une gêne maximale» pour les usagers.

L'exploitation stoppée dès lundi

Une réaction chimique survenue vers 8h lundi dans cette usine classée Seveso seuil haut (risque majeur) avait déclenché les émanations de mercaptan, un marqueur olfactif de type gaz de ville. Dans la nuit de lundi à mardi, l'odeur, poussée par les vents, a remonté la vallée de la Seine jusqu'à gagner les rues de Paris, où elle était restée perceptible à l'aube. L'affaire a même provoqué les railleries de la presse anglaise dont plusieurs titres ont évoqué la «puanteur française». L'odeur a en effet traversé la Manche où la police du Sussex (sud de l'Angleterre) a affirmé avoir reçu des appels de résidents se plaignant «d'odeurs de gaz».

Dès lundi, les autorités avaient affirmé que les émanations étaient «non toxiques», évoquant un gaz «de concentration très faible». Mais, mardi, le gouvernement a annoncé que l'exploitation de l'usine avait été «stoppée» dès lundi soir par arrêté préfectoral. Et toujours mardi, le plan particulier d'intervention (PPI), mis en oeuvre quand un incident industriel est susceptible de dépasser le cadre d'une usine, a été déclenché à Rouen.

Pour tenter de mettre fin à la fuite, la direction de l'usine devait recourir mardi à un procédé «rarement mis en oeuvre», selon la directrice de cabinet du préfet de Seine-Maritime, Florence Gouache. «Comme pour tout procédé expérimental, nous voulons nous entourer de toutes les garanties», a-t-elle dit à l'AFP sans autre précision.

«Pas de risque pour la santé»

La fuite de gaz ne présente «pas de risque pour la santé», a assuré mardi la Direction générale de la Santé (DGS, ministère de la Santé), face à l'inquiétude des populations, qui avaient multiplié les appels vers les hôpitaux et les centres de secours. «Au regard des concentrations présentes dans l’air et des données actuellement disponibles, ce produit ne présente pas de risque pour la santé», dit la DGS qui souligne le caractère «passager» de symptômes ressentis par certaines personnes «plus sensibles».

Europe Ecologie les Verts (EELV) a dénoncé mardi la présence d'une «usine à risque» au coeur d'une ville. «On ne peut négliger l'extrême fragilité des sites industriels en zone urbaine où un accident peut survenir à tout moment», a affirmé Jean-Michel Bérégovoy, conseiller municipal EELV de Rouen. Il vise directement cette usine située au bord de la Seine, à environ deux kilomètres, à vol d'oiseau, de la cathédrale de Rouen. Selon la porte-parole de la société Lubrizol, Nathalie Bakaev, l'incident n'a pas provoqué de dégâts matériels et l'usine n'a pas eu à évacuer ses quelque 300 salariés.

Ce nuage devrait se dissiper «naturellement en fonction des conditions météorologiques», selon les pompiers de Paris. Toutes les sources interrogées par l'AFP ont exclu que le mercaptan puisse avoir un effet négatif sur la santé sauf en cas d'exposition à haute dose. «On est surtout dans la réaction psychologique liée à l'odeur», a déclaré une source au sein des services de secours. L'usine rouennaise appartient à Berkshire Hathaway, la holding de l'influent homme d'affaires américain Warren Buffett.

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