Céline Raphaël: «Je n'ai pas écrit ce livre pour régler mes comptes»

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Publié le 17 janvier 2013.

MALTRAITANCE - Céline Raphaël publie son témoignage d'enfant battue dans «La Démesure»...

Céline Raphaël est une jeune fille de bonne famille, intelligente et douée, dont le talent précoce pour le piano a été récompensé par de nombreux prix. Aujourd'hui interne en médecine, Céline Raphaël est aussi une ancienne enfant battue, qui a vécu dans la terreur des coups que son père lui infligeait à la moindre fausse note.

Frappée, humiliée, enfermée et privée de nourriture pendant des années, la petite fille a été brisée sous les yeux de sa sœur et sa mère, qui avaient pris l'habitude de lui apporter à manger en cachette. Son histoire bouscule les préjugés selon lesquels les enfants battus ne sont issus que de milieux défavorisés. Elle la raconte, sous son pseudo, dans un livre publié ce jeudi, La Démesure (éd. Max Milo).

«Je suis passée à autre chose»

La jeune femme, frêle silhouette noyée sous un grand gilet et regard franc derrière ses larges lunettes, l'affirme d'emblée: «Je n'ai pas écrit ce livre pour régler mes comptes ou passer pour une petite chose fragile.» A 28 ans, elle est «passée à autre chose» et a désormais «un compagnon et une vie stable».

Son témoignage n'a d'autre objectif que celui d'«ouvrir les yeux et délier les langues sur la maltraitance, un phénomène largement sous-estimé».

Méconnaissance du problème

Repérée grâce à la vigilance d'une infirmière scolaire, Céline Raphaël a été placée dans un foyer à 14 ans, puis s'est résolue à porter plainte. Son père, lui-même ancien enfant battu, a été condamné à deux ans de prison avec sursis, deux ans de mise à l'épreuve et trois ans d'injonction de soins. Mais la plupart des enfants maltraités passent entre les mailles du filet, même dans les cas les plus évidents, comme l'a montré en 2012 l'affaire Marina, morte à 8 ans sous les coups de ses parents. «Cette gosse aurait pu être sauvée mille fois. Ça me met hors de moi et montre à quel point le système dysfonctionne», s'étrangle Céline Raphaël. Elle rendra en mars sa thèse de médecine à l'intitulé explicite: «Comment améliorer la formation des internes au repérage et la prise en charge de la maltraitance infantile». «Aujourd'hui, personne – médecin, enseignant, assistante sociale – n'a de formation pour la détecter. Tout est fait à l'intuition. Sans compter que les parents mentent et que les enfants les protègent. Les victimes sèment des petits cailloux. Encore faut-il les voir.»

De son passé, elle garde une maladie chronique après des années d'anorexie, une hantise des contraintes de temps et d'espace «pour les trucs inutiles», et une absence totale de confiance en elle. Elle ne vit plus sur le qui-vive depuis environ cinq ans et a cessé de dormir en chien de fusil, en guettant la porte de sa chambre. Son père, lui, nie toujours les faits, et nul dans sa famille n'est au courant qu'il y a eu un procès. Le secret reste bien gardé.

 

Faustine Vincent
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