Manifestants devant les locaux du centre d'information du Kurdistan, au  147 rue la Fayette, à Paris, après le meurtre de trois femmes kurde, le  10 janvier 2013.
Manifestants devant les locaux du centre d'information du Kurdistan, au 147 rue la Fayette, à Paris, après le meurtre de trois femmes kurde, le 10 janvier 2013. - ALEXANDRE GELEBART/20MINUTES

Enora Ollivier et Mathieu Gruel

La chronologie

Le meurtre aurait été commis mercredi en début d’après-midi. Les trois femmes se trouvaient alors seules dans les locaux du Centre d'information du Kurdistan, une association installée au premier étage d’un immeuble situé au 147 rue la Fayette, à Paris –un bâtiment pourvu d’un digicode et d’un interphone. Des proches qui n’arrivaient pas à joindre les femmes au téléphone se sont rendus sur place, et ont sonné en vain pendant 30 minutes. Ils ont finalement enfoncé la porte et découvert les corps dans la nuit, vers 1h30. Deux des trois victimes ont été tuées d’une balle dans la nuque, tandis que la troisième a reçu une balle dans le ventre et dans la tête. Aucun coup de feu n'a été entendu par les voisins, ce qui laisse penser que l(es) auteur(s) des tirs ont utilisé un silencieux. Des douilles ont été retrouvées sur place.

Qui sont les victimes?

Sakine Cansiz, 55 ans, était une des fondatrices du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, et était réputée proche d’Abdullah Öcalan, le chef de la rébellion emprisonné depuis 1999 en Turquie. Arrivée il y a quinze ans en France, elle aurait auparavant été détenue pendant onze ans en Turquie. Fidan Dogan, 32 ans, était une permanente du Centre d’information du Kurdistan. Elle était une «officielle de la diaspora kurde en Europe», selon la chercheuse de l’Ifri Dorothée Schmid, interrogée par l’AFP, et était en liaison étroite avec le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples). Leyla Soylemez, âgée d’une vingtaine d’années, est décrite comme une «jeune activiste». Sa famille se trouverait en Allemagne.

Un crime politique?

Songul Karabulut, responsable du Congrès national du Kurdistan, actuellement en exil, a estimé lors d’une conférence de presse que «ces assassinats sont un acte politique». «Nous savons qu'il y a des Etats derrière cet acte», a-t-elle poursuivi, sans citer aucun pays. Les manifestants qui sont venus crier leur colère sur les lieux du crime puis devant l'Académie d'art et de culture du Kurdistan ont quant à eux immédiatement désigné la Turquie comme responsable. «Etat turc, assassin!» ou encore «Turquie, assassin, Europe complice!», ont-ils scandé.

Un contexte particulier

Ces assassinats surviennent au moment où, selon des médias turcs, Ankara et le chef du PKK, Abdullah Öcalan, se sont mis d'accord sur le principe d'un arrêt des hostilités. Le conflit entre les autorités turques et la rébellion kurde a commencé en 1984, et a causé la mort de 45.000 personnes.

La réaction de la France…

François Hollande a qualifié d’«horrible» le triple assassinat. Manuel Valls, qui a bousculé son agenda pour se rendre sur les lieux du crime ce jeudi matin, a quant à lui déploré un fait «grave et inacceptable». Le ministre a affirmé que «les autorités françaises» étaient «déterminées» à «faire la lumière» sur cette affaire.

…et celle de la Turquie

«Je dénonce une telle atrocité commise sous la forme d'une exécution extrajudiciaire. C'est un acte déplorable», a déclaré le vice-Premier ministre turc, Bülent Arinç. L’AKP, parti au pouvoir au Turquie, a de son côté estimé qu’il pouvait «s’agir d’un règlement de compte». «Nous savons qu’il y a des dissensions, des clivages au sein du PKK», a indiqué de son côté Hüseyin Celik, le vice-président du parti. Ce dernier a également estimé que le crime pouvait avoir un lien avec le processus d’arrêt des hostilités en cours. «Des milieux peuvent tenter de saboter ce processus, nous devons être très vigilants», a-t-il insisté. Même opinion pour le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a mis en garde contre toute spéculation: «Il nous faut être patient et attendre que les autorités fassent la lumière sur cet incident. Il pourrait s'agir d'un règlement de compte interne (au sein du PKK) ou d'une provocation pour tenter de perturber nos efforts de bonne volonté pour avancer dans le cadre du processus de paix.»