Manifestants devant les locaux du centre d'information du Kurdistan, au 147 rue la Fayette, à Paris, après le meurtre de trois femmes kurde, le 10 janvier 2013.
Manifestants devant les locaux du centre d'information du Kurdistan, au 147 rue la Fayette, à Paris, après le meurtre de trois femmes kurde, le 10 janvier 2013. - ALEXANDRE GELEBART/20MINUTES

Mathieu Gruel

«Ce qui se passe ici, c'est pas normal». Isabelle est Kurde et vit en France depuis 35 ans. Elle et une amie, Elise, arrivée en France il y a 21 ans, n'ont pas hésité: «Dès qu'on a appris, on est venus». Et elles ne sont pas les seules à être venues spontanément, ce jeudi matin, au 147 rue Lafayette à Paris (10e). Précisément devant le Centre d'information du Kurdistan où, pendant la nuit, trois femmes activistes kurdes ont été retrouvées mortes, abattues par balles.

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Et alors que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls prend la parole pour qualifier cet acte de «grave et inacceptable», dans la foule, calme jusqu'ici, des drapeaux à l'effigie du chef kurde Abdullah Öcalan s’agitent et les premiers slogans résonnent. Après avoir crié «vengeance» et scandé «les martyrs ne meurent jamais», la foule accuse également: «Turquie assassin, Europe complice».

En plein Paris

Isabelle semble être au diapason: «Les fascistes turcs ne sont pas loin», estime-t-elle. «C'est politique», ajoute Aziz, venu contester «cet assassinat odieux, fait contre des femmes, par des gens très organisés». Car pour lui c'est clair, «on ne tue pas trois personnes comme ça, en plein Paris».

Non loin de la porte d'entrée du bâtiment, bloquée par un cordon de policiers et une myriade de caméras, proches et familles des victimes se rassemblent. «On est tristes, mais malheureusement habitués», reconnaît de son côté Moraut, 32 ans.

«Des ennemis multiples»

«Ça fait 30 ans que ça dure. Quand on est Kurde on est forcément exposé. Nous avons des ennemis multiples», détaille le jeune homme, qui fait lui aussi partie de cette communauté kurde, qui compte en France quelque 250.000 personnes, principalement originaires de Turquie.

Avec d'autres, il est l’un de ceux qui ont découvert les corps, cette nuit. Les yeux dans le vague, il parle d'un «acte lâche, dont il faut trouver les commanditaires». Dans la foule, la Turquie est clairement montrée du doigt. «C'est un acte politique, pour faire capoter les discussions de paix qui ont débuté entre le PKK et le gouvernement turc», glisse un manifestant.

«Turquie assassin»

En fin de matinée, les corps sont enfin évacués dans le plus grand recueillement. Mais alors que l'ambulance s'éloigne, la tension remonte d'un cran. «Turquie assassin» résonne à nouveau et les manifestants prennent maintenant la direction de l'académie d'art et culture du Kurdistan, rue d'Enghein.

Sur le parcours, un restaurant turc essuie des jets de chaises et doit tirer son rideau de fer. Le service d’ordre appelle au calme. Arrivé à destination sous une pluie fine, le cortège reprend des chants et des slogans. A l'intérieur, l’émotion est vive. Et pendant qu’un point presse s’improvise, dans une autre salle les portraits des trois victimes sont installés. Pour pleurer «ces gens biens», confie une réfugiée kurde en sanglot.