Roissy: Un homme de 73 ans débarqué d'un avion pour avoir protesté contre une expulsion

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Publié le 7 janvier 2013.

TÉMOIGNAGE - Ce retraité de l'Éducation nationale raconte avoir été évincé sans ménagement après avoir protesté contre le traitement réservé à une femme vers le Bénin...

«Ce qui est ahurissant, c’est qu’en quelques secondes, vous passez de simple vacancier à malfaiteur». Dix jours après les faits, Alain Corneloup parle encore avec véhémence de la mésaventure qu’il a vécue le 28 décembre dernier à Roissy. L’homme, âgé de 73 ans, dit avoir été sorti sans ménagement de l’avion qui devait l’emmener au Bénin, où il allait passer des vacances avec son épouse.

Installé au dernier rang de l’appareil, le couple a vu entrer, avant le décollage, «quatre policiers accompagnant une femme d’une trentaine d’années, entravée, qui hurlait». «Plus elle hurlait, plus les fonctionnaires la secouaient», raconte le septuagénaire, retraité de l’Education nationale. «Des passagers ont protesté», poursuit-il, expliquant que «vous ne pouvez pas, quand ça se passe à cinq mètres de vous, fermer les yeux et vous boucher les oreilles».

«A plat ventre, mains menottées»

Alain Corneloup assure avoir entendu un fonctionnaire dire: «On va en débarquer trois (passagers), ça va servir d’exemple pour les autres». «Un policier a alors saisi ma femme par le bras, je ne l’ai pas supporté», continue-t-il, racontant avoir voulu dégager le bras de son épouse des mains du fonctionnaire. Puis, tout va très vite, et dans son esprit, «c’est un peu confus» -«a priori, j’ai dû me débattre», concède-t-il- et il se retrouve «à plat ventre, mains menottées, avec un homme sur le dos».

Il est ensuite «traîné» sur quelques mètres, jusqu’à la passerelle de sortie, et «enfermé dans un fourgon».«Je leur ai demandé une dizaine de fois qu’on m’enlève les menottes», affirme-t-il, mais en vain. Dans le même temps, son épouse et un Italien «qui ne parlait pas un mot de français», sont également débarqués et chacun est placé «dans un fourgon différent».

Ce n’est qu’au commissariat de l’aéroport, où il est présenté une vingtaine de minutes plus tard avec ses deux compagnons d’infortune, que les menottes lui sont retirées. Le trio se voit accusé d’«obstruction à une décision de justice» et est qualifié d’«agitateurs», des chefs que tous trois refusent de reconnaître. Finalement, «au bout de 3 heures, le procureur a décidé de ne pas nous garder à vue» et les trois incriminés sont libérés. Le retraité est alors examiné par un médecin à l’aéroport, qui constate des traces au poignet dues aux menottes et note qu’une cote a «probablement été fêlée».

Pas de plainte

Du côté de la police nationale, où l’on assure ne pas avoir connaissance dans l’immédiat des détails de l’affaire, on indique que «ce qui s’est passé dans l’avion relève de la décision du pilote, qui est le seul maître à bord de son appareil». Quant aux menottes, «on évite au maximum» de les mettre, reconnaît-on, sauf si «la personne présente des risques pour elle-même ou pour autrui».

Le retraité ne compte pas porter plainte – «ce serait ma parole contre celle des policiers, et il faudrait retrouver tous les passagers de l’avion pour qu’ils témoignent». Mais, il n’entend pas pour autant en rester là et explique vouloir «parler à la presse, aviser la Ligue des droits de l’Homme» et «porter une réclamation devant Air France». «Ma seule satisfaction, conclut-il, c’est que la jeune femme qui devait être extradée est également descendue».

Enora Ollivier
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