Un enseignant au collège privé de Chavagnes, le 24 avril 2008
 
Un enseignant au collège privé de Chavagnes, le 24 avril 2008   - REUTERS/Stephane Mahe

Aurélie Delmas

Éric de Labarre, le secrétaire général de l’Enseignement catholique, a adressé le 12 décembre une lettre aux 8.300 chefs d’établissement pour les inviter à «prendre des initiatives» dans le débat sur le mariage gay, dévoile ce vendredi Le Parisien

Que conseille la lettre?

«Nous savons que vous êtes souvent interrogés ou interpellés sur cette question par vos équipes éducatives, par des parents ou des élèves, par des associations extérieures à vos établissements», constate Éric de Labarre dans cette lettre. Aussi conseille-t-il à «chaque école, collège ou lycée» de «prendre des initiatives qui lui paraissent localement les plus adaptées pour permettre à chacun l’exercice d’une liberté éclairée à l’égard des choix aujourd’hui envisagés par les pouvoirs publics».

Un vocable un peu flou que Luc Viehé, secrétaire général du syndicat professionnel de l’enseignement libre catholique (Spelc), interrogé par 20 Minutes, entend comme «un appel au dialogue, à la discussion, à l’écoute» sur «un débat de société qui devient prégnant et dont les jeunes parlent». «Bientôt nous allons avoir dans nos classes des enfants de parents de même sexe et je ne m’imagine pas refuser le dialogue à un jeune qui a besoin d’en parler» complète-t-il.

Quelle est la position de l’Enseignement catholique?

D’après le responsable syndical, la lettre de l’Enseignement catholique réponde à «une demande de la part des chefs d’établissement qui voulaient connaître la position officielle». Une position en effet clairement exprimée dans un communiqué disponible sur le site de l’Enseignement catholique, «l'Enseignement Catholique est en désaccord avec une évolution législative ouvrant le mariage et la parentalité aux couples homosexuels».

Un parti-pris bien moins tranché du côté du Spelc, qui «ne s’oppose en aucun cas au mariage de deux personnes de même sexe même si nous ne l’aurions pas proposé»

Manif ou pas manif?

Interrogé par Le Parisien, qui affirme que certaines préparations à la confirmation prévues le 13 janvier - jour de la manifestation contre le mariage pour tous - ont été annulées, Éric de Labarre tient à éclaircir: «On n’appelle pas à manifester on pose un cadre». «Je ne vois nulle part dans le courrier un appel à libérer les élèves et à manifester» confirme Luc Viehé, qui suggère tout de même qu’«il ne faut pas se voiler la face» sur les positions de l’école catholique.

Libre à chacun ensuite de suivre ou non les directives de l’Enseignement catholique, «nos enseignants ne sont pas fliqués dans nos maisons», rappelle Claude Berruer, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique dans une interview accordée à RMC le 15 décembre.  

Qu’est ce qui fait polémique?

La position mitigée de l'Enseignement Catholique ne fait pas l’unanimité. Dans le Parisien, Ian Brossat, conseiller PC de Paris, accuse: «il s’agit d’enrôler 2 millions d’élèves dans une croisade». Quant au syndicat d’enseignants du privé Sundep-Solidaire, il estime que sa liberté de conscience est attaquée par cette missive. «L’enseignement privé est régi par la loi Debré et financé à plus de 80% par des fonds publics, rappelle Frédéric Flechon, secrétaire général du Sundep-Solidaire. En appelant, subtilement, les établissements à se mobiliser le 13 janvier, l’Enseignement Catholique sort des clous de la loi». Certes l’appel à manifester n’est pas assumé, mais «en intervenant de manière ferme dans le débat et en demandant à prendre des initiatives, le message est clair, il faut appeler un chat un chat. On est clairement dans l’action politique» dénonce-t-il.