Des migrants évacués du squat qu'ils occupaient à Pacé (Ille-et-Vilaine), le 27 novembre 2012
Des migrants évacués du squat qu'ils occupaient à Pacé (Ille-et-Vilaine), le 27 novembre 2012 - David Vincent/AP/SIPA

«Apparemment, tout le monde est relogé ce soir.» Après l'évacuation, ce mardi matin, du squat de Pacé (Ille-et-Vilaine) où logeaient 250 migrants, «c'est au moins un point positif», reconnaît Carole Bohanne, du Réseau Education sans Frontières et membre du DAL 35, contactée par 20 Minutes. Mieux, certains disposeraient même d’une solution de logement «pérenne», croit savoir la militante.

Et pourtant, après l’opération d’évacuation conduite ce matin par les forces de l’ordre, un certain flou demeure. «Nous avons du mal à avoir des informations sur la durée des hébergements proposés», souligne en effet la militante. Selon la préfecture, «107 adultes et 95 enfants, soit 202 personnes au total», qui occupaient illégalement la résidence du Parc ont eu une solution de relogement, peut-on lire dans un  communiqué.

Solutions provisoires

Sauf que, parmi les solutions proposées, «il y a même des gîtes ruraux et des hôtels. Des solutions qui ne peuvent être que provisoires», s’inquiétait Carole Bohanne, qui avoue: «Nous sommes surtout inquiets pour les enfants.»

Car «sur les 80 enfants que nous suivions et qui vivaient dans le squat, 60 étaient scolarisés». Et la militante, qui «doute que les solutions proposées le soient pour plusieurs mois», redoute une déscolarisation des enfants, désormais éparpillés sur tout le département.

Une situation qui s’est durcie

Attendant maintenant «que les familles prennent contact», pour faire le point, la militante reconnaît que la situation «s’est durcie» depuis quelques mois. Et l’élection de François Hollande le 6 mai dernier -date à laquelle le squat a été officialisé- a même douché certain des espoirs de l’association. «Au niveau local, avec le changement de secrétaire général de la préfecture, ça s’est même considérablement durci», précise-t-elle.

A Rennes, «cinq squats ont ainsi été évacués depuis septembre. Et là, ils n’ont rien eu à part une nuit d’hôtel. Les affaires personnelles des migrants avaient même été détruites», raconte-t-elle. Ce qui n’a pas été le cas ce mardi. «Ça s’est passé dans le calme. Il y avait une volonté de faire le moins de vagues possible. La police aux frontières n’était pas là», raconte Carole Bohanne.

«Une région trop accueillante»

Reste que le DAL 35, qui souhaite que l’État remplisse son obligation d’hébergement des demandeurs d’asile, «dénonce les méthodes» utilisées par les pouvoirs publics. Selon la militante, la politique actuelle est sur la même lignée que celles des prédécesseurs de Manuel Valls. «Avant, les élus locaux nous disaient: «ce n’est pas de notre compétence». Et là, aucun élu n’est venu au squat», regrette même la militante.

Entre 2008 et 2010 en Bretagne, le nombre de demandeurs d’asile en Bretagne aurait augmenté de 66 %, passant de 721 à 1.200 demandes annuelles selon la préfecture. La demande d’asile aurait même été multipliée par deux en Ille-et-Vilaine, passant de 452 en 2008 à 914 en 2010, indique les services de l’Etat. «Nous sommes une région trop accueillante», ironise la militante. «Et avec de telles actions, la préfecture veut décourager les migrants de venir».

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