La Cour de cassation a suspendu jeudi jusqu'au mois de décembre une des deux instructions en cours à Paris sur le Mediator dans l'attente que soit réglée une nouvelle demande de regroupement à Paris des différents volets de ce scandale sanitaire.
La Cour de cassation a suspendu jeudi jusqu'au mois de décembre une des deux instructions en cours à Paris sur le Mediator dans l'attente que soit réglée une nouvelle demande de regroupement à Paris des différents volets de ce scandale sanitaire. - Fred Tanneau afp.com

Les chercheurs du laboratoire Servier imaginaient dès 1969 comment viser comme clientes potentielles du futur Mediator les «personnes soucieuses de leur ligne et de leur poids», selon une note interne du laboratoire publié par le Parisien mardi. Autrement dit, le laboratoire concevait déjà, à l’époque, le Mediator comme un coupe-faim plutôt qu’un anti-diabétique.

Dans ce document datant du 28 novembre 1969, versé au dossier, le docteur Deniker, du service prospective médicale de Servier, réfléchit à la stratégie de ce qui est encore la molécule 780 SE, et qui prendra le nom de Médiator en 1976.

«Les personnes soucieuses de leur ligne et de leur poids» sont «peut-être la population qui nous paraît la plus intéressante pour le 780 SE», écrit-il. «En dehors des obèses vrais, il existe une vraie population de femmes soucieuses de ne pas s'arrondir», selon cette note. «C’est peut-être la population qui nous semble la plus intéressante», commente le docteur Deniker. 

«Peut-on convaincre le médecin?»

Les notes révèlent également que le laboratoire comptait sur les médecins pour distribuer la molécule à des patients en bonne santé, mettant en place une stratégie commerciale plus que thérapeutique. «Il s’agit là évidemment d’une population qui ne se considère pas comme malade. Consultera-t-elle à ce propos? Peut-on convaincre le médecin de conseiller à tous ces sujets un régulateur pondéral lorsqu'ils viennent le consulter pour une autre affection? Il s'agit d'une population qui ne se considère pas comme malade. Consultera-t-elle ce propos?», s’interroge le docteur Deniker.

Dans la même note, un autre médecin, «A.M. Guillard», évoque également «le marché des anorexigènes». Il précise qu’«avec 380.000 unités par mois en moyenne, il représente en 1969 en valeur 21.7 millions de francs par an. (…)A notre avis, le 780SE peut prendre 25 à 30% du marché».

Des révélations qui pourraient servir Jacques Servier?

L’avocat Jean-Christophe Coubris, qui défend 2.500 victimes, indique dans le Parisien que «cela prouve que depuis le début, Servier a tenté de maquiller la molécule pour ne jamais avoir à reconnaître l’objectif recherché, à savoir mettre sur le marché un anorexigène».

Interrogée par 20 Minutes, Christine Ravaz, avocate de 80 victimes, estime pour sa part que ces révélations sont un secret de polichinelle. «Ces notes, tout le monde les connait depuis longtemps. On sait que Servier a fraudé depuis le début», relativise-t-elle. Leur publication pourrait-elle influencer un peu plus l’opinion publique? «Oui et non, les gens ne s’étonnent plus de rien dans ce dossier».

Pour l’avocate, la publication de ces notes, à quelques semaines du procès, pourrait même servir Jacques Servier. «Lui et ses avocats font feu de tout bois, il pourrait très bien déposer plainte pour violation du secret de l’instruction. Il fait tout pour ralentir l’enquête contrairement à ce qu’il prétend». Des considérations annexes pour Christine Ravaz qui se conscre avant tout à «d'obtenir une indemnisation pour les victimes».

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