Sciences-Po/Hervé Crès: «Ma plus grande crainte, c'est que l'on jette le bébé avec l'eau du bain»

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Publié le 22 novembre 2012.

INTERVIEW - Hervé Crès, administrateur provisoire de Sciences-Po Paris, revient sur le rapport final de la Cour des comptes sur la gestion de l'institution...

Tempête sur Sciences-Po. Lors de la présentation jeudi de son rapport sur la gestion de l’institution portant sur la période 2005-2010, la Cour des comptes a annoncé avoir saisi la Cour de discipline budgétaire et financière, susceptible d’engager des poursuites. Dans le viseur: «des irrégularités affectant la gestion des personnels enseignants», «des dysfonctionnements dans la gestion des logements de fonction» et «la rémunération des cadres dirigeants et de l’administrateur». Hervé Crès, administrateur de Science Po, s'explique à 20 Minutes.

Quel est votre sentiment après la publication du rapport?

L’appréciation de la Cour a évolué par rapport au relevé d’observation provisoire. Notamment sur l’expansion de Sciences-Po au cours des quinze dernières années, qui se manifeste par le développement international ou social. Il y avait 1.000 étudiants étrangers en l’an 2000, il y en a plus de 4 000 aujourd’hui. Il y avait 6% d’étudiants boursiers, il y en a 26%. Le travail que nous avons mené cet été pour répondre à ces observations semble avoir porté. Ce qui a aussi été reconnu, c’est que nous sommes assez économes des deniers publics. Le coût pour l’Etat d’un élève sur la période sous-revue a baissé de 28%. Le rapport définitif est moins incisif que le relevé sur ces thématiques.

Comment expliquer alors la virulence du rapport provisoire?

C’est une tactique classique pour un organisme de contrôle d’être, dans un premier temps, offensif. C’est pour ça que ce relevé n’a pas vocation à être communiqué. C’est même un délit pénal. Il y a aussi le sentiment qu’il pourrait y avoir eu une posture de cette juridiction pour marquer cette indépendance : elle compte en effet parmi ses membres beaucoup de professeurs à Sciences-Po. Par le passé, il y a déjà eu des contrôles et des erreurs commises qui ont entraîné la mise en place de mesures et cela n’a pas empêcher l’institution de faire de grandes choses. Reste que la Cour continue à mettre en évidence des erreurs. Nous les prenons au sérieux et, pour certaines, des mesures ont déjà été mises en œuvre.

Vous avez l’impression de payer votre proximité avec Richard Descoings?

Sans aucun doute. Sciences-Po s’est propulsé dans la cour des grandes universités internationales grâce à une vision originale portée, notamment, par Richard Descoings. Il a bousculé des conservatismes, et ne pouvant plus l’atteindre, certains ont essayé d’atteindre son projet. Moi, je suis là pour le fortifier et l’amplifier. Par ailleurs, je pense que la concomitance du rapport de la Cour des comptes et de la procédure de succession a amené certaines ambitions personnelles à s’exprimer…

La décision de Geneviève Fioraso sonne-t-elle comme un désaveu?

Je prends acte de cette décision. Mais si elle est liée aux conclusions de la Cour des comptes, cela ne peut pas être considéré comme un désaveu, car le rapport porte sur la période 2005-2010. Or, je n’arrive qu’à la fin 2008. On ne va pas me raconter de sornettes : on ne peut m’incriminer pour des processus mis en place avant que je n’arrive. De plus, les erreurs relevées par la Cour ne sont pas de ma juridiction. En aucun cas, je n’ai pris une décision de nature à engager indûment les deniers publics. Et si la décision de la ministre est liée aux modalités qui ont été décidées pour la succession de Descoings, je m’y suis conformé comme les autres candidats.

N’aurait-il pas été plus sage d’attendre les conclusions de la Cour avant de désigner un successeur?

Je suis pour la séparation des pouvoirs et si le conseil avait demandé un report de la procédure, j’en aurais pris acte. Il y a un pouvoir académique, qui a fixé la procédure, le calendrier et la personnalité choisie; un pouvoir exécutif, qui nomme ; un pouvoir juridique, qui doit contrôler l’emploi des ressources publiques, et c’est ce qu’il fait notamment via la Cour des comptes. Au cours de cette séquence, j’ai le sentiment qu’il y a eu un peu trop d’interférences entre ces trois pôles.

Comment voyez-vous la suite des événements?

Ma plus grande crainte est qu’on finisse par jeter le bébé avec l’eau du bain. Il a fallu dix ans pour que Sciences-Po parvienne à se hisser au niveau des plus grandes écoles internationales et il ne faudrait pas qu’en quelques mois tout ce travail soit détruit. Nous ne voulons pas minimiser les reproches qui nous sont faits, mais les relativiser. Il faut relancer Sciences-Po dans le temps qui est le sien, à savoir celui des idées.

Propos recueillis par Jérôme Comin
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