Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . Carte vitale
Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . Carte vitale - VINCENT WARTNER / 20 MINUTES

L'Assurance-maladie vient-elle de donner aux médecins le permis d'augmenter leurs tarifs? Ce serait un paradoxe, alors même que l'accord, conclu mardi en fin de journée à l'arraché entre l'Assurance-maladie et cinq syndicats de médecins, avait précisément pour objectif premier de limiter les dépassements d'honoraires, qui s'élèvent à 2,5 milliards d'euros par an. Et qui expliquent que, ces deux dernières années, un Français sur cinq a déjà dû renoncer à se soigner faute de moyens.

«Un mauvais signal»

Mais l'accord, voulu par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et qui doit encore être approuvé par le gouvernement, stipule que les consultations facturées jusqu'à 150% du tarif Sécu seront tolérées. Payer 60 euros (au lieu de 23) pour une consultation chez le généraliste et 70 euros (au lieu de 28) chez un spécialiste est donc considéré comme acceptable.

Au-delà, le dépassement sera en revanche «excessif», et les médecins sanctionnés. En particulier ceux qui se seront engagés dans «un contrat d'accès aux soins» à limiter leurs tarifs, en échange d'avantages sociaux. «Alors qu'en 2010, le dépassement d'honoraires moyen était de 20% chez les spécialistes et de 3% chez les généralistes, leur dire qu'ils peuvent monter à 150% va peut-être les inciter à gonfler leurs honoraires», redoute Claude Le Pen, économiste de la santé à l'université Paris-Dauphine.

Un forfait de cinq euros

«C'est un très mauvais signal légitimant les dépassements. Les usagers vont être les pigeons dans cette affaire!», abonde Marc Morel, directeur du Collectif interassociatif sur la santé, qui représente les patients. Même Claude Leicher, président du syndicat de médecins généralistes MG France, qui va a priori signer ce texte, doute: «Je ne suis pas sûr que les patients soient gagnants dans cette affaire.» Il estime que les grands gagnants de cet accord «arraché avec les dents» sont les généralistes de secteur 1 qu'il représente.

Un forfait de cinq euros va en effet leur être versé chaque année par patient qui les choisit comme médecin traitant. «Cela va représenter environ 5.000 euros d'honoraires en plus par an», se félicite-t-il. Une manne financée soit par l'Assurance-maladie –et donc les cotisations des assurés– soit par les complémentaires santé, et donc ceux qui les financent. Les patients, une fois de plus.

Négociations ubuesques

Débutées lundi à 20h, les négociations ont failli s'achever par un échec, mardi à 13h30, après une nuit de tractations. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, voulait à tout prix aboutir à un accord. Elle a rappelé les syndicats à la table des négociations à 15h. Un accord a été trouvé à 17h.

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