Manifestation de Génération identitaire, le 20 octobre 2012, sur le chantier de la mosquée de Poitiers.
Manifestation de Génération identitaire, le 20 octobre 2012, sur le chantier de la mosquée de Poitiers. - AFP PHOTO/STR

Ils avaient pris l’habitude d’organiser des «apéros saucisson-pinard». Ou encore de réveiller tout un quartier de Bordeaux au son du muezzin pour l’alerter sur «l’islamisation de la France». En déployant, samedi, des slogans évoquant Charles Martel sur le toit de la future mosquée de Poitiers (Vienne), les identitaires ont voulu marquer les esprits à deux semaines de leur congrès national (lire ci-dessous).

«Ces derniers temps, leur mouvement a été secoué sur des questions de stratégie, explique Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l’extrême droite. Les dirigeants ont donc l’intelligence de chercher la médiatisation pour trouver des militants.» Cela semble fonctionner. Estimés à quelques centaines en France, les Identitaires ont étendu leur d’influence. «Avant ils disposaient de deux bastions à Nice et Lyon, poursuit Jean-Yves Camus. Aujourd’hui, ils ont ouvert un bureau permanent à Toulouse et à Bordeaux

«Ceci est une déclaration de guerre!»

Le discours, lui, n’a pas changé. «Nous avons cessé de croire que Kader pouvait être notre frère […]. Ce texte n’est pas un simple manifeste, c’est une déclaration de guerre», peut-on ainsi lire sur le site de Génération identitaire, le groupe de jeunes à l’origine de la manifestation de samedi. «Le phénomène inquiète. Ces gens-là ne sont pas les plus calmes, confie Yannick Danio, délégué national du syndicat de gauche Unité-Police. Leur discours sur l’islam est en phase avec ce qui se dit dans une partie de la classe politique

Et le phénomène s’avère difficile à contrer. Si quatre identitaires ont été interpellés après la manifestation de Poitiers, «ce ne sont pas des gens qui cherchent à se battre physiquement car cela décrédibiliserait leur action», explique Jean-Yves Camus. Réclamée par une partie de la gauche, «la dissolution de ce groupe» ne semble pas être, non plus, la solution. Il y a dix ans, les identitaires s’étaient formés sur les cendres du groupe d’extrême droite Unité radicale, trois mois après son dissolution.

Des difficultés sur le plan électoral

Pour mener son opération «reconquête», le Bloc identitaire a choisi de revenir aux sources. C’est à Orange (Vaucluse) que le parti organise sa convention nationale les 3 et 4 novembre. S’il n’est plus encarté au FN depuis 2005, le député-maire d’extrême droite de la ville, Jacques Bompard, devrait y prononcer un discours. «Nous avons vu certaines de nos réservations dans les grandes villes de province subitement annulées», justifie Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire pour justifier le choix d’Orange. Selon une source proche du parti, Christian Vanneste, l’ancien député UMP-CNI du Nord, pourrait également faire partie de la liste des invités. Mais, injoignable dimanche, ce dernier n’a pas pu nous confirmer cette information. «Avec ces noms, le Bloc cherche une reconnaissance», confie le chercheur Jean-Yves Camus. Et surtout à percer lors des futures élections. Le Bloc Identitaire n’est jamais parvenu à s’associer avec le Front National. Dans sa courte décennie d’existence, son plus haut fait d’armes est d’avoir obtenu 7,8 % des voix lors d’une cantonale partielle à Nice en septembre 2009.

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