Des victimes traitées de «menteuses». Dix accusés acquittés. Quatre, condamnés à des peines de trois ans de prison avec sursis à un an ferme. Rendu par les assises du Val-de-Marne dans la nuit de mercredi à jeudi, le verdict du procès dit «des viols collectifs de Fontenay-sous-Bois» (lire ci-dessous) n'a pas manqué de faire réagir la classe politique.

Une cour d'assises spéciale?

Brisant le sacro-saint principe de ne pas «commenter les décisions de justice», plusieurs ministres ont exprimé leur malaise. A commencer par Christiane Taubira. Sur Europe 1, la ministre de la Justice a ainsi estimé que le parquet avait «matière à faire appel» du verdict. «Je suis choquée par les tournantes, a indiqué la garde des Sceaux. Il faut créer les conditions pour que les culpabilités puissent être identifiées.»

Pour sa collègue, Marisol Touraine, le problème est que «cette affaire ne va pas encourager les victimes à se déclarer». Pour éviter cela, l'Association contre les violences faites aux femmes (AVFT) a rappelé sa proposition de voir se créer des cours d'assises spéciales pour les affaires de viol. «Comme pour les affaires de terrorisme, il faudrait des magistrats spécialisés, lâche Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'association. Les jurés populaires manquent de formation pour apprécier des faits qui se résument souvent à la parole des accusés contre celles des victimes.»

«Une chape de plomb pèse encore sur notre société»

Pour Claude Katz, les juges d'instruction aussi. «Pourquoi ne pas nommer deux juges, un homme et une femme, pour instruire ces dossiers épineux?» interroge cet avocat spécialisé dans ce type de contentieux. Elle a été la première à réagir. Ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a d'abord exprimé, jeudi matin, sa «solidarité» avec les deux plaignantes du procès des viols collectifs. «Il y a une sorte de permanence qui se détache de tous les témoignages que j'ai entendus, nous a confié la ministre un peu plus tard dans la journée. C'est la difficulté [pour les victimes] à se faire entendre, à mettre des mots sur les violences sexuelles. Une chape de plomb pèse encore sur notre société.»

Si elle n'a pas pris position sur le fond de l'affaire, Najat Vallaud-Belkacem s'est engagée à «une meilleure formation des professionnels œuvrant dans le domaine de l'écoute des victimes, et le soutien à toutes les associations qui les reçoivent». «Nous développerons chacun de ces chantiers», conclut ainsi la ministre.

Retour sur les faits

Nina et Stéphanie ont assuré avoir été violées dans des caves et des escaliers d'une cité de Fontenay-sous-Bois par une quinzaine d'individus entre 1999 et 2001. Souffrant de troubles psychologiques, Nina a pris 70 kilos depuis les faits et a été déclarée invalide à 80%.

Mots-clés :

Aucun mot-clé.