Hélitreuillage à bord du SNA "Saphir", le 24 septembre 2012.
Hélitreuillage à bord du SNA "Saphir", le 24 septembre 2012. - B. Quémar / 20 Minutes

Benoit Quémar

C’est d’abord une lame épaisse qui émerge tout d’un coup de cette mer d’Iroise verte, et qui très vite grossit, dévoilant un long obus noir de 70m de long, roulant bord  sur bord et bringuebalé par la houle qui le recouvre d’écume blanche à chaque fois qu’il enfourne et ressort de la vague. A 10h20 ce lundi 24 septembre 2012, le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) «Saphir» est à l’heure à son rendez-vous.

C’est ensuite un hélicoptère de tranport et de secours Caracal, parti de la base aéronovale voisine de Lanvéoc-Poulmic, qui arrive aussi sur zone, à 80km au large de la pointe de Penmarc’h (Finistère).

Le «mecbo» (mécanicien de bord) Sébastien R. ouvre la porte latérale droite pendant que le pilote se place à 5m au dessus du massif (partie haute) du sous-marin, qui continue de se balancer juste en dessous et semble vouloir se rapprocher de son ami volant.

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Le commandant en second du navire, combinaison rouge et casque jaune, maintient ses deux bras levés pour guider la descente du passager en combinaison de survie qui doit embarquer.

«Gardez les bras vers le bas sinon la sangle sous les aisselles pourrait remonter et là c’est la chute. Mais laissez-vous faire ; ils vous attraperont en bas», me lance le «mecbo» avant le grand saut. Consignes suivies, le «paquet» effectivement saisi aux pieds et vite poussé dans le noir le long d’une succession d’échelles étroites aux barreaux glissants, et me voilà parmi l’équipage d’un des six SNA français. Montre réglée à l’heure «Zoulou» (temps universel) et non plus «Bravo», comme à terre, c’est parti pour neuf jours sous la mer, parfois à plus de 300m de profondeur, dans ce chasseur invisible. Conçu d’abord pour protéger ses grands frères lanceurs d’engins balistiques, piliers de la dissuasion nucléaire, le SNA permet également à la France de surveiller et protéger sa zone économique exclusive, au large des eaux territoriales. Comment 79 hommes, tous volontaires, vivent, travaillent et se détendent dans 75m2, d’espace commun, plus de six mois par an? Qui sont ces sous-mariniers, pour qui «la fonction prime le grade»? Comment gardent-ils une vie de famille? Comment les sous-marins repèrent-ils les trafiquants? Cette semaine, «20 Minutes» vous fait découvrir ce monde unique, en immerson totale.

En chiffres

  • Trois à quatre mois de mer par mission, deux fois par an et par équipage
  • 29 500 km parcourus (les 3/4 du tour de la terre)
  • Deux fois la surface de la France scrutée par les sonars
  • 6 t de vivres consommés (autonomie : 45 jours + jours de survie)
  • 324 t d’eau douce et 362 m3
  • d’oxygène produits
  • 20 000 tasses de café bues
  • 11 euros: le coût d’un sac poubelle de déchets organiques (épluchures, etc.) envoyé par le fond tous les jours (9 € le sac biodégradable et 2 € la gueuse de plomb de 2,5 kg)
  • 1 t d’autres déchets (emballages) rapportés à terre
  • 1152 rouleaux de papier toilette
  • 242 consultations chez l’infirmier