Des policiers dans le quartier de la Villeneuve (Grenoble), le 18 juillet 2010.
Des policiers dans le quartier de la Villeneuve (Grenoble), le 18 juillet 2010. - LAURENT CIPRIANI/AP/SIPA

Nicolas Bégasse

Les circonstances sont différentes, mais le lieu est le même: deux ans après les terribles émeutes de la Villeneuve, à Grenoble (Isère), c’est dans ce même quartier sensible de l’agglomération iséroise qu’a eu lieu un double homicide sauvage, vendredi dernier. Il y a deux ans, Nicolas Sarkozy avait réagi en promettant des renforts policiers à Grenoble. Pourquoi n’ont-ils pas permis d’endiguer la violence?

Tout simplement parce que les effectifs de police ont bien grossi… mais qu’ils ont aussitôt baissé. «Les effectifs supplémentaires ont fondu comme neige au soleil», dénonçait ce week-end le député-maire (PS) de Grenoble, Michel Destot. Contacté par 20 Minutes, Daniel Chomette, responsable du syndicat Unité SGP-FO en Isère, confirme cette tendance et assène ce chiffre: «Aujourd’hui, il y a huit gradés de moins qu’au 1er juillet 2010, c’est-à-dire avant les événements de la Villeneuve. On a perdu une cinquantaine de fonctionnaires en deux ans.»

«Plaider pour un classement de Grenoble en ZSP»

Car si, par la volonté de Nicolas Sarkozy, une quarantaine de fonctionnaires de police ont bien rejoint Grenoble entre l’automne 2010 et janvier 2011, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite dans le cadre des RGPP (révision générale des politiques publiques) a compensé l’augmentation. «La police a subi des coupes sombres alors que ces renforts n’étaient déjà pas suffisants», regrette Daniel Chomette. Le syndicaliste a indiqué à 20 Minutes avoir rencontré lundi matin le nouveau préfet de l’Isère, Richard Samuel, nommé par le nouveau gouvernement le 1er août dernier. «Je lui ai présenté ces chiffres pour qu’il intervienne rapidement en faveur d’un classement de certaines zones de l’agglomération en zones de sécurité prioritaires» (ZSP).

Car, à la surprise du syndicat de policiers, Grenoble ne fait pas partie des 15 premières ZSP présentées fin juillet par Manuel Valls pour une mise en place dès cette rentrée. Mais cela pourrait ne plus être qu’une question de temps. En réaction à la rixe mortelle de vendredi dernier, le ministère de l’Intérieur a demandé au préfet de «mettre tous les moyens nécessaires à la disposition de l'enquête» et annoncé que le «dispositif policier de présence sur le terrain est immédiatement renforcé». Sur place, Daniel Chomette confirme que «des collègues ont été rappelés pour travailler sur cette enquête, qui avance à grands pas», mais n’a pas constaté de renforts venant de l’extérieur.

Pour autant, il veut croire à un classement prochain de certaines zones de l’agglomération iséroise en ZSP. Même s’il convient de «relativiser cet optimisme. Les recrutements n’auraient lieu qu’en 2013, et les effets ne se feraient sentir qu’en 2014. Il va y avoir du travail pour rattraper les RGPP. Il va falloir patienter.»