Hommage aux deux victimes d'une rixe mortelle survenue le 28 septembre à Echirolles, près de Grenoble (Isère).
Hommage aux deux victimes d'une rixe mortelle survenue le 28 septembre à Echirolles, près de Grenoble (Isère). - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Nicolas Bégasse avec AFP

Trois jours après la mort de deux amis âgés de 21 ans à Echirolles, près de Grenoble, 20 Minutes fait le point sur l'affaire et sur l'enquête.

Comment un «regard» a-t-il pu provoquer une rixe mortelle?

Le drame s’est déroulé en trois temps, vendredi dernier. Vers 17h, à la sortie du lycée Marie-Curie d’Echirolles (Isère), c’est bien à partir d’un «mauvais regard» qu’une dispute aurait commencé entre Wilfried, le petit frère d’une des victimes âgé de 16 ans, et un camarade. L’altercation aurait ensuite dégénéré un peu plus loin, en impliquant des amis et grands frères de chaque partie. Une bagarre aurait éclaté, sans faire de victime. Ce n’est que vers 21h, dans un parc du quartier sensible de la Villeneuve, que le grand frère de Wilfried et un ami ont été les victimes d’une opération de représailles: une vingtaine de jeunes originaires d’un quartier situé plus au nord, à Grenoble, ont débarqué à la Villeneuve armés de couteaux, manches de pioche, marteaux et battes de base-ball. Les deux amis ne survivront pas à l’assaut. Pour qualifier le drame, le procureur de Grenoble a parlé d’une «affaire profondément stupide» et regretté un «effet boule de neige».

Qui sont les victimes?

La première victime, Kevin, était étudiant en master à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Il est décédé vendredi soir à l'arrivée des secours, après avoir reçu plusieurs coups de couteau, dont l'un mortel au thorax. Le second jeune homme, Sofiane, dont le pronostic vital était engagé lors de son transfert au centre hospitalier de Grenoble, est décédé samedi matin. Les deux jeunes hommes de 21 ans étaient des amis d’enfance. «Nous n'avons pas affaire à des délinquants. On n'est pas du tout dans le cadre de l'appropriation du territoire ou du trafic de stupéfiants», a indiqué le procureur, alors que les victimes étaient inconnues des services de police. Pour le proviseur du lycée qu’avait fréquenté Kevin, «il était un gamin studieux, sérieux, qui ne sortait pas et incitait ses camarades à travailler. C'était un vrai grand frère, quelqu'un qui pacifiait.» «Mon fils était qualifié de petit prince et de conciliateur dans le quartier», a ajouté Aurélie Noubissi, la mère de Kevin.

Quelle est l’ambiance sur place?

Une cellule d'écoute, composée de deux psychologues, d'un médecin conseil de l'inspection académique et d'une infirmière, a été mise en place à l'intention des élèves du lycée les plus affectés par ce drame. C’est dans ce lycée d’Echirolles qu’avaient été scolarisées les deux victimes, et c’est là qu’a éclaté la dispute ayant débouché sur la rixe mortelle. A l'entrée de l'établissement ce lundi, plusieurs élèves distribuaient un tract proclamant: «Non à la violence, non à la barbarie» et appelant à une marche blanche «à la mémoire de Kevin et Sofiane», mardi à 18h.

Détail poignant: comme le relève le Dauphiné libéré, Kevin et Sofiane devaient être les témoins du mariage d’un ami samedi dernier. Celui-ci avait pensé annuler, mais la mère de Kevin a insisté pour que l’union ait lieu, parce qu’elle «était très importante» pour le jeune homme.

Où en est l’enquête?

Des traces de sang ainsi que des douilles d'une arme à feu non létale, provenant d'un pistolet à grenaille, ont été retrouvées dans le parc, entouré d'immeubles –et donc de témoins potentiels. Une personne, considérée comme un témoin privilégié, a été entendue samedi à l'hôtel de police de Grenoble avant d'être relâchée. Le dispositif policier de présence sur le terrain a été «immédiatement renforcé pour les prochains jours», a annoncé le ministère de l’Intérieur. «Les langues vont se délier. Nous allons entendre des témoins, ce qui devrait nous permettre d'en savoir plus sur ce qui s'est passé», selon un responsable de la police. Aucune interpellation n'avait encore eu lieu lundi matin.