Le samedi de tous les dangers en France? Un bras de fer va se jouer ce samedi dans le pays, entre le gouvernement, qui a affiché sa fermeté en interdisant toute manifestation et une frange de la communauté musulmane qui entend manifester sa colère après la publication des caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo et un film islamophobe.
Ce samedi, «les sections ou unités de renfort départementales sont mobilisées» et des CRS et gendarmes mobiles sont chargés de «protéger lieux symboliques et sensibles» et de «prévenir tout rassemblement non autorisé», a précisé la Place Beauvau.
Un important dispositif policier est ainsi déployé ce samedi aux abords de la Mosquée de Paris: une quinzaine de fourgons de CRS, ainsi que des voitures banalisées, étaient stationnés à proximité de la mosquée, et de nombreux policiers en civil, talkie-walkie à la main, patrouillaient dans le quartier. «On espère qu'il ne se passera rien, nous refusons d'être instrumentalisés, il faut qu'on nous laisse tranquille», a déclaré un membre de l'encadrement de la mosquée à l'entrée.
En déplacement à Marseille, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a affirmé vendredi qu'il n'avait «pas d'inquiétude», mais qu'il avait donné des «instructions très fermes» pour interdire toute manifestation. «Beaucoup d'appels» à manifester ce samedi dans plusieurs grandes villes de France ont été relayés via les réseaux sociaux et par une «nuée de SMS», a précisé le ministère de l'Intérieur. Mais aucune manifestation n'était recencée pour l'instant par les préfets.
Deux rassemblements prévus à Paris ont déjà été interdits. Pour Ali Boukadoum, de l'Union musulmane de Tremblay-en-France, les manifestations n'auraient pas dû être interdites, au nom de la «liberté d'expression» invoquée par Charlie Hebdo. Cependant, lors de la grande prière de vendredi dans les mosquées françaises, les imams ont préché l'apaisement, tentant de dissuader les fidèles de manifester samedi.
Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Mohammed Moussaoui a réitéré son «appel à ne pas manifester», malgré la diffusion surI nternet du film L'innocence des musulmans et la publication de caricatures du prophète, ressenties comme une provocation par les musulmans.
Il a demandé que les imams relaient son appel. Ce qu'a fait Abdel Madjeed à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), expliquant dans son prêche que «la meilleure façon de repousser l'insulte, c'est par la bonne action et la bonne parole». L'imam de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) Mustapha Khefif a mis en garde les fidèles sur le fait que «les manifestations non autorisées et les prières de rue improvisées ne feraient que donner raison à ceux qui disent du mal de nous».
«La meilleure façon de répondre aux imbéciles c'est de passer sa route pour pouvoir dire à l'autre "tu n'existeras pas à travers moi"», a renchéri Said Abdillah, l'imam de la mosquée Adda'Wa à Paris. «Jamais l'islam n'a prôné la violence. Soyons à la hauteur», a demandé l'aumônier Abdelhah Eddouk aux fidèles de La Grande Borne à Grigny (Essonne), les incitant à ne pas manifester samedi: «Cela ne peut que créer des problèmes, de la zizanie.»