Le matador Jose Mari Manzanares durant une corrida se tenant pendant la feria de Nîmes, le 15 septembre 2012.
Le matador Jose Mari Manzanares durant une corrida se tenant pendant la feria de Nîmes, le 15 septembre 2012. - A. ROBERT/APERCU/SIPA

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

La corrida qui a cours dans certaines régions françaises a été jugée, ce vendredi matin, conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel. En effet, Les juges du Palais Royal ont ét,abli qu'il n’est pas anticonstitutionnel de prévoir des «différences de traitement» entre les régions à tradition tauromachique et les autres. Les anti-corrida voulaient notamment que les sanctions infligées pour cruauté envers les animaux s'appliquent partout, sans dérogations. Une militante anti-corrida, Claire Starozinski, présidente-fondatrice de l’Alliance anti-corrida, a répondu à 20 Minutes après cette décision.

Comment réagissez-vous à la décision du Conseil constitutionnel?

Je suis déçue mais je ne suis pas surprise. Le gouvernement avait envoyé un émissaire pro-corrida au Conseil constitutionnel. Ensuite, il y a des déclarations publiques qui ne trompent pas. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a récemment déclaré au Midi Libre qu’il aimait la corrida, qu’il y avait des membres du gouvernement qui étaient des aficionados de la corrida, et qu’il y avait la capacité de bloquer les projets contre cette pratique. Dans cette situation, la décision de ce matin ne me surprend pas. Il y a eu des pressions avérées.

Qu’allez-vous faire maintenant?

La décision de ce matin n’emporte rien, il n’y a pas de changement. Surtout, j’aimerai rappeler que j’ai reçu un courrier du ministère de la Culture du 30 août, qui disait que la France n’allait pas soutenir le dossier de la corrida devant l’Unesco pour obtenir une reconnaissance au patrimoine mondial. Cette reconnaissance à l’Unesco, c’est pourtant ce qu’attendent nos adversaires confortés par la décision de ce matin, mais ils ne l’auront pas.

Et dans les prochains mois, quelle sera votre démarche?

Nous allons maintenant aller vers la Cour européenne des droits de l’Homme. Nous menons avec nos avocats, dont des spécialistes parisiens, une réflexion pour savoir sur quels points particuliers nous allons axer le dossier. Cette démarche prendra plusieurs mois. Mais au-delà des tribunaux, je remarque surtout qu’il y a une désaffection de la corrida depuis cinq, six ans. Regardez les arènes dans de nombreuses villes, elles se désemplissent. C’est un signe qui ne trompe pas.

Vous déclarez que le gouvernement reçoit des pressions…

Oui, car il y a un réel changement dans les esprits, mais le gouvernement veut ménager les intérêts économiques qui font pression. Les pressions, cela fait partie des républiques bananières. Ma question est alors: Est-on dans une république démocratique? Permettez-moi d’en douter.