La polémique sur les caricatures de Mahomet enfle en France et à l'étranger

Publié le 19 septembre 2012.

POLEMIQUE - La publication de caricatures de Mahomet par l'hebdomadaire satirique laisse craindre un regain des violences provoquées depuis une semaine dans le monde par un film islamophobe...

La polémique enflait en France et à l'étranger après la publication ce mercredi par Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet, qui laissait craindre un regain des violences provoquées depuis une semaine dans le monde par un film islamophobe. Une plainte a été déposée à Paris contre Charlie Hebdo pour «provocation à la haine» au nom de l'association syrienne pour la liberté, et une autre par l'association des Musulmans de Meaux pour «diffamation» et «injure publique».

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La France a annoncé ce mercredi que ses ambassades, consulats et écoles françaises seraient fermés dans une vingtaine de pays musulmans vendredi, jour de la grande prière, par mesure de «précaution». Des violences ont éclaté depuis une semaine dans des pays arabo-musulmans après la diffusion du film islamophobe L'innocence des musulmans. Elles ont provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes.

Rafale de réactions indignées

La publication par Charlie Hebdo de dessins satiriques représentant Mahomet est à l'origine des précautions du Quai d'Orsay. L'une de ces caricatures montre le prophète dénudé, dans une parodie d'une scène du film Le mépris de Jean-Luc Godard, où Michel Piccoli admire la chute de reins de Brigitte Bardot. Toute critique de l'islam est d'autant plus sensible en France que le pays abrite la plus importante communauté musulmane d'Europe, avec 4 à 6 millions de membres. Les dessins de Charlie Hebdo ont provoqué une rafale de réactions indignées ce mercredi.

Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, basée au Caire, a condamné ces caricatures «portant atteinte à l'islam et à son prophète». L'Osservatore Romano, le journal du Vatican, a qualifié cette publication d'«initiative discutable», qui «jette de l'huile sur le feu», «alors que l'on cherche péniblement à faire baisser la tension qui traverse le monde islamique en raison du film» anti-islam.

Liberté d'expression

L'évêque catholique d'Evry, Mgr Michel Dubost, et le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, ont lancé un appel commun «à la fraternité et au respect de l'égale dignité». Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, a également «désapprouvé» les caricatures. L'exécutif français semblait tenter de calmer le jeu, prônant la défense de la liberté d'expression et rappelant qu'il était toujours possible d'en référer à la justice.

«Nous sommes dans un pays où la liberté d'expression est garantie», a déclaré le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Mais, «si vraiment des personnes se sentent heurtées dans leurs convictions et pensent qu'il y a eu dépassement du droit (...), elles peuvent saisir les tribunaux», a-t-il ajouté. Après avoir reçu les représentants du culte musulman, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a renchéri en affirmant que la liberté d'expression, dont la caricature, était «un droit fondamental» encadré par la loi, tout en prônant la fermeté contre les manifestations qui troubleraient l'ordre public.

Numéro épuisé

Charlie Hebdo, coutumier de l'irrévérence envers tous les pouvoirs et religions, s'est de son côté défendu de franchir une ligne rouge. «Il y a de la provocation comme toutes les semaines, pas plus avec l'islam qu'avec d'autres sujets», a déclaré le directeur de publication de l'hebdomadaire, le dessinateur Charb. «Je vis sous la loi française, pas sous la loi coranique», a-t-il souligné. «On peut caricaturer tout le monde en France. Je peux caricaturer Mahomet comme je peux caricaturer Marx.»

L'hebdomadaire a vendu la totalité de ses 75.000 exemplaires dès ce mercredi. Il va procéder à un nouveau tirage et sera de nouveau en kiosque vendredi. Une enquête a par ailleurs été ouverte par le parquet sur le piratage dont a été victime le site internet du journal. A Paris, la sécurité a été renforcée autour de l'immeuble abritant sa rédaction.

En novembre 2011, les locaux de Charlie Hebdo avaient été incendiés à la suite d'une couverture représentant Mahomet, jugée injurieuse par des extrémistes. Trois de ses dessinateurs sont depuis sous surveillance policière, selon une source proche de la rédaction. En février 2006, l'hebdomadaire avait repris les caricatures publiées par le quotidien danois Jyllands-Posten. Le directeur de Charlie Hebdo avait alors été relaxé en justice, la cour d'appel de Paris jugeant qu'il n'y avait pas eu d'injure envers les musulmans car les dessins «vis(ai)ent clairement une fraction», à savoir les terroristes, «et non l'ensemble de la communauté musulmane».

© 2012 AFP
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