Charlie Hebdo en kiosque, le 19 septembre 2012.
Charlie Hebdo en kiosque, le 19 septembre 2012. - G. VARELA / 20 MINUTES

Témoignages édités par Christine Laemmel

Avec plus de 1.000 commentaires, site, page Facebook et Twitter réunis, la publication des caricatures de Mahomet dans Charlie hebdo a largement fait réagir les internautes de 20 Minutes. Liberté d’expression à tout prix, provocations de mauvais goût ou joli coup de pub, les sentences sont aussi diverses et tranchées que nombreuses.

«Contre les intégristes, rien ne vaut la dérision»

«Merci», «Longue vie à Charlie hebdo»… Nombre d’éloges sont arrivés par mail à la rédaction. Nelly, 29 ans, est abonnée à Charlie et «fière de l’être». «J'aime ce journal parce chez eux la liberté d'expression a un sens et c'est de plus en plus rare», regrette-t-elle. Même fierté pour Alain. «Cela fait plus de 40 ans que Charlie hebdo ou Hara Kiri défraient la chronique et ce n’est pas dans ce contexte qu’ils doivent s’arrêter. Contre les intégristes, rien ne vaut la dérision», estime cet internaute. Convaincu aussi, Toto trouve ces dessins «drôles et couillus». «On dit qu'on peut rire de tout mais pas avec tout le monde, Charlie hebdo rit de tout, mais pas avec les extrémistes, il se rit des extrémistes, analyse-t-il. Je ne vois pas ces caricatures comme une moquerie envers le prophète de l'islam, mais envers les dingues de religion. Provocation? Sans doute, mais ces gens doivent comprendre que notre presse est libre et qu'ils ne peuvent nous imposer leur mode de pensée.»

Plus modéré, Olivier avoue ne pas avoir été séduit par les caricatures. Il comprend aussi que «certains puissent être choqués ou contrariés». Mais privilégie la liberté d'expression. «Il faut accepter d'être parfois un peu "secoué" par des idées ou des principes qui ne sont pas les siens.»

«Ce n’est pas le moment de mettre de l’huile sur le feu»

Malgré son «adoration» pour Charlie hebdo, Maryline, elle, regrette ces publications. «Ce n’était pas le moment de mettre de l’huile sur le feu» croit-elle savoir, tout comme Frisker. «Après les événements des derniers jours, je ne vois franchement pas l'intérêt pour Charlie hebdo d'en rajouter une couche», confirme Gavroche. Qui nuance toutefois: «Sauf si le but est de rappeler à ceux qui ont plastiqué leurs locaux il y a un an qu'ils sont toujours là et qu'ils continueront à s'exprimer comme ils l'entendent. Mais il ne faut pas négliger le retour de flammes. Est-ce que ça en vaut la peine?»

Plusieurs internautes confient même, à contre-courant de la majorité, avoir été blessés par ces dessins. Alors que Karima trouve ce numéro «insultant», Dalila développe, par mail. «Le directeur de ce journal est irresponsable. Ce qui ne choque pas les Français peut choquer des individus de religion et de culture différente. La tension est palpable dans certains pays et ce type de journal permet de rajouter de l’huile sur le feu», craint cette internaute.

Olivier, qui tient à préciser qu’il n’est ni musulman, ni «en lien avec cette religion», juge ces caricatures simplement «inadmissibles». «La liberté d'expression n'empêche pas de respecter les convictions religieuses des autres, quelles qu’elles soient», estime-t-il. Une conviction complétée par un constat de provocation gratuite. «Ces unes sont justes faites pour dire "on a le droit" ou "oui, mais c'est la liberté d'expression"».

«La liberté d’expression a bon dos»

La liberté d’expression ne serait en effet, selon certains internautes, qu’un prétexte, une liberté «qui a bon dos», estime Julian. Charlie hebdo nous proposerait donc qu’une «provocation grossière» pour Patlok.

L’hebdomadaire «se cache derrière la liberté d'expression afin de faire du fric sur des faits tragiques», tranche Bobysponge. «Les dessins ne sont pas choquants, mais la démarche est vraiment ridicule et ceux qui prennent cela comme une ovation à la liberté d'expression ne sont pas plus aidés que ceux qui se font endoctriner par des intégristes.» Le journal aurait ainsi simplement trouvé «une très bonne occasion pour faire parler de lui, dont il aurait tort de se priver», selon Dedettam. Un joli «coup de pub» salué par Perdreau, Uranie et Bernard. Une manière de «faire feu de tout bois» plus contestable, pour Christian et Denkam. Tous deux voient dans ces caricatures un «opportunisme de provocation». «Ces caricatures ne sont même pas drôles, mais pour faire du fric tout est bon.»