Tout est dans le titre. En installant, mardi à la Chancellerie, une « conférence de consensus », Christiane Taubira a fait comprendre que la lutte contre la récidive était l'affaire de tous les experts du monde de la justice. Officiellement, ils ont cinq mois pour formuler leurs propositions. En fait, ils n'ont pas besoin d'autant de temps pour partager le premier des constats : quand les prisons débordent, la réinsertion coule. Au 1er août, il y avait 66 748 détenus pour 57 405 places de prison, soit un taux d'occupation de 116 %. Si la concertation débute à peine, la garde des Sceaux a déjà donné quelques indications sur la politique qu'elle entend mener pour résoudre le problème. Dans un document de travail, rendu public par Le Nouvel Observateur, elle indique ainsi que les peines de prison ne doivent être prononcées qu'en « dernier recours ». L'aménagement des sanctions doit, en revanche, devenir « une priorité de la politique pénale », selon la ministre.
Réalisée par Annie Kensey, chercheuse à l'Administration pénitentiaire, l'étude la plus récente montre que 63 % des sortants de prison sans aménagement de peine sont de nouveau condamnés dans les cinq années suivantes. Ce chiffre descend à 39 % pour ceux qui bénéficient d'un aménagement de peine. En privilégiant le bracelet électronique et le placement extérieur aux barreaux et miradors, la ministre espère surtout lutter contre la récidive. « Le discours de Mme Taubira suscite beaucoup d'espoir dans les services, réagit Géraldine Blin, directrice du service pénitentiaire d'insertion et de probation du Val-d'Oise. Mais cela doit s'accompagner de renforts. » Aujourd'hui, les 43 conseillers qui travaillent sous ses ordres gèrent chacun « entre 100 et 110 dossiers de détenus ». Leurs homologues néerlandais en suivent une vingtaine. « En France, ils n'ont pas le temps de faire de l'insertion, assure Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats. Ils s'occupent des urgences… » Au risque de laisser sortir des détenus démunis. « C'est très violent, témoigne ainsi Ali, qui n'a pas bénéficié de suivi après deux ans de prison. Pour trouver un boulot, j'ai mis plus d'un an. Si j'avais voulu recommencer les conneries, ça aurait été bien plus simple… »

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