Une manifestation non autorisée samedi près de l'ambassade américaine à Paris a donné lieu à quelques violences et conduit à 150 interpellations de personnes protestant contre un film islamophobe qui a embrasé le monde musulman.
Une manifestation non autorisée samedi près de l'ambassade américaine à Paris a donné lieu à quelques violences et conduit à 150 interpellations de personnes protestant contre un film islamophobe qui a embrasé le monde musulman. - Kenzo Tribouillard afp.com

© 2012 AFP

Une enquête a été ouverte dimanche sur instruction du parquet de Paris à propos de la manifestation de militants islamistes la veille devant l'ambassade des Etats-Unis. De source judiciaire, on a déclaré que l'enquête pour «manifestation sur la voie publique non autorisée» avait pour but d'identifier les organisateurs et les participants de ce rassemblement qui a donné lieu à des incidents lors de sa dispersion.

Le rassemblement de protestation contre un film islamophobe qui a embrasé le monde musulman, non autorisé, a donné lieu samedi à quelques violences près de l'ambassade américaine à Paris et conduit à l'interpellation de 150 personnes. «Cette manifestation est inacceptable» et ses participants «caricaturent l'islam tel qu'il est pratiqué dans notre pays», s'est indigné Manuel Valls ce dimanche sur France 2. Le ministre de l'Intérieur s'est par ailleurs élevé contre les «prières de rue» et la présence de «femmes voilées entièrement»

L'ambassade des Etats-Unis à Paris se trouvait ce dimanche matin protégée par le dispositif habituel de gendarmerie mobile, a constaté un journaliste de l'AFP. Comme d'habitude, une demi-douzaine de véhicules et une bonne vingtaine de gendarmes mobiles étaient disposés en face de l'entrée de l'ambassade avenue Gabriel (VIIIe). Comme à l'accoutumée, les gendarmes mobiles demandaient aux passants de ne pas emprunter le trottoir qui longe l'ambassade américaine et les jardins de l'ambassade du Royaume-Uni en direction de l'Elysée, côté grille du Coq.

«Tonalité salafiste»

Avec Anvers, Paris est une des rares villes occidentales à avoir été le théâtre de ce type d'actions contre la vidéo «L'innocence des musulmans» («Innocence of muslims»). Parmi les manifestants, de nombreux hommes, dont certains habillés à la mode salafiste, mais aussi des jeunes vêtus de manière plus classique, venus de banlieue ou de province car, explique à l'AFP l'un d'eux, Suleimane, 24 ans, ils n'acceptent pas que le «Prophète soit tourné en dérision».

Des ressortissants égyptiens, tunisiens ou syriens figurent aussi parmi les personnes interpellées, a précisé à l'AFP une source policière. Selon une autre source policière, des appels à manifester avaient été repérés dans la journée sur les réseaux sociaux, certains avec une «tonalité salafiste». Un total de 150 personnes ont été interpellées puis conduites dans des commissariats pour vérification d'identité, a précisé la préfecture de police (PP) ajoutant que quatre policiers avaient été légèrement blessés. Un ou deux manifestants ont été placés en garde à vue pour outrage et violences sur des fonctionnaires, a ajouté une source judiciaire.

La manifestation non déclarée, qui a réuni entre 200 et 250 personnes selon la PP, a débuté vers 16h30, «aux alentours de l'ambassade des Etats-Unis», a expliqué une source policière. Ils «ont été maintenus au niveau des Tuileries» mais «des petits groupes se sont ensuite éclatés» notamment en direction du ministère de l'Intérieur et de l'Elysée, tout proches où d'importantes forces de police étaient présentes, notamment en raison des Journées du patrimoine. Les manifestations dans ce quartier sensible sont rarissimes.

«Des événements marginaux»

La question de savoir s'il y a eu manquement au niveau du renseignement a été posée par des sources policières, mais reste à confirmer. En avril 2011, une manifestation similaire, destinée à protester contre la loi sur le voile intégral, avait été organisée place de la Nation par le collectif contre l'unicité Tawhid (CADUT), un groupuscule intégriste. Dans un entretien téléphonique avec l'AFP, le président du Conseil français du Culte musulman (CFCM) Mohamed Moussaoui a déploré la manifestation de samedi et appelé à «ne pas associer l'ensemble des musulmans de France à des événements marginaux comme celui-ci».

Jusqu'alors, aucun incident n'avait été relevé en France en lien avec «Innocence of Muslims» qui décrit l'islam comme un «cancer» et a embrasé nombre de villes dans le monde musulman, faisant des morts. Le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui s'exprimait sur I-Télé, a jugé «assez grave» que des salafistes aient «réussi à mobiliser quelques centaines de personnes» à Paris.

«On est venu pour redorer le blason de Mahomet. On est dans la liberté d'expression, on voulait marcher comme Gandhi. On demande un minimum de respect», a expliqué Abdelnour Karzaï, 23 ans, originaire de banlieue parisienne, évoquant une manifestation «pacifique». Il est venu «jeter un coup d'oeil après avoir vu des infos sur internet». «On ne peut pas faire de caricature des grands prophètes», a-t-il fait valoir. «L'ambassade américaine, c'est juste un symbole, on n'est pas là pour la brûler», s'insurge un jeune d'une vingtaine d'années, qui a souhaité conserver l'anonymat. Vers 20h, les derniers manifestants ont fait leur prière, encerclés par les forces de l'ordre, avant d'être à leur tour conduits dans un commissariat.