Affaire Grégory: Le point sur les nouvelles expertises

JUSTICE Vingt-huit ans après la découverte du corps du garçonnet dans la Vologne, les parents Villemin comptent sur la science pour découvrir la vérité...

Vincent Vantighem

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Grégory Villemin, 4 ans, a été retrouvé mort dans la Vologne en octobre 1984.

Grégory Villemin, 4 ans, a été retrouvé mort dans la Vologne en octobre 1984. — GOYHENE/ SIPA

S’ils devaient vider la Vologne à la petite cuillère pour trouver de nouveaux indices, ils le feraient sûrement. Vingt-huit ans après la mort du petit Grégory, leur fils de quatre ans, Christine et Jean-Marie Villemin n’ont pas perdu espoir de découvrir enfin la vérité. «Ils sont extrêmement combatifs, détaille Marie-Christine Chastant-Morand, leur avocate. Les progrès techniques permettent aujourd’hui d’effectuer de nouvelles expertises. Les Villemin ne veulent rien laisser au hasard…» Comme elle en a pris l’habitude ces dernières années, Marie-Christine Chastant-Morand a plaidé, ce mercredi, devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon (Côte d’Or) afin d’obtenir le droit d’effectuer de nouvelles analyses sur les scellés conservés depuis la découverte du corps du petit garçon. 20 Minutes détaille les dernières chances de comprendre enfin ce qu’il s’est vraiment passé le 16 octobre 1984.

Les vêtements

L’analyse des vêtements portés par le garçon, retrouvé pieds et mains liés dans la Vologne, a déjà été effectuée. Mais il existe aujourd’hui une nouvelle technique. «Cela s’appelle la micro dissection fine, détaille Marie-Christine Chastant-Morand. C’est prometteur car cela pourrait permettre de trouver de nouvelles traces, de nouveaux éléments...» Par ailleurs, l’avocate réclamera également, ce mercredi, l’expertise des chaussures du petit garçon qui, elle, n’a étrangement jamais été effectuée. Les parents Villemin espèrent que l’analyse des semelles permettra, vingt-huit ans après, de déterminer quel est le sol qui a été foulé par Grégory avant son assassinat.

Les traces ADN

En 2010, la première analyse du pantalon du petit garçon avait permis de découvrir la présence d’un cheveu sur lequel les enquêteurs ont isolé un ADN mitochondrial. Mais cet ADN ne correspond à aucun des 186 ADN des protagonistes de l’affaire prélevés lors de toutes ces années d’instruction. Un temps évoquées par les enquêteurs, les empreintes ADN découvertes sur un demi-timbre et l’enveloppe contenant l’un des courriers du corbeau n’ont pas, non plus, délivré leurs secrets. «Pour l’instant, cela n’est pas exploitable, confie Marie-Christine Chastant-Morand. Mais un jour ou l’autre, on pourra peut-être comparer tout cela.» D’ailleurs, à la demande des ses clients, l’avocate a également demandé à ce que l’on prélève l’ADN d’une vingtaine de personnes «potentiellement intéressantes» faisant partie de l’entourage du petit Grégory, à l’époque des faits.

Les lettres du corbeau

C’est l’une des nouvelles demandes qui sera formulée, ce mercredi, devant la Cour d’appel de Dijon. «Il faut réexaminer l’ensemble du matériel scriptural», détaille l’avocate. En clair, les enquêteurs se sont aperçus que les lettres envoyées par le corbeau avaient été rédigées sur un papier contenant un défaut. «Il y a, en effet, des anomalies dans le papier», poursuit Marie-Christine Chastant-Morand. Les Villemin veulent donc désormais que l’on compare la qualité du papier des lettres du corbeau avec l’ensemble des papiers saisis lors de l’enquête. «Il y a eu des cahiers, des lettres anonymes, des papiers, continue l’avocate. Il est temps de comparer tout cela.»

Les voix

Selon les experts, c’est «faisable». La science ayant évoluée, les enquêteurs de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) sont en mesure de comparer la voix du corbeau, enregistrée par les enquêteurs à l’époque, avec celles des principaux protagonistes de l’affaire recueillies par les journalistes et conservées à l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Diffusée à plusieurs reprises, la voix du corbeau annonçant la mort du petit garçon à ses parents est assez singulière selon les enquêteurs. «Je l’ai étranglé et jeté dans la Vologne, avait-il annoncé. Sa mère est en train de le chercher mais elle ne le trouvera pas.»

Des pistes. Des espoirs même pour les parents Villemin. «S’il n’y avait plus aucune chance de trouver de nouveaux éléments, la justice aurait déjà refermé ce dossier», analyse Marie-Christine Chastant-Morand. Même si vingt-huit ans après les questions n’ont toujours pas trouvé de réponse. «Oui, on ne sait toujours pas s’il y avait un ou plusieurs corbeaux, un ou plusieurs assassins», conclut l’avocate. Pour l’instant… La décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon a elle été mise en délibéré au 26 septembre.

Marie-Ange Laroche, favorable aux expertises

Soupçonné d'être le corbeau, Bernard Laroche a été assassiné par son cousin Jean-Marie Villemin. Aujourd'hui, Marie-Ange Laroche, sa veuve, veut toujours connaître la vérité. «Elle n'est pas opposée à de nouvelles expertises, confie ainsi Gérard Welzer, son avocat. En même temps, elle est ennuyée parce qu'à chaque fois qu'on reparle de l'affaire, elle revoit à la télévision des images de son mari...» L'avocat, lui, reste assez pessimiste sur les chances d'aboutir de ces nouvelles expertises. «L'enquête a été bâclée au départ, poursuit-il. Je crains fort que ce ne soit trop compliqué aujourd'hui de trouver quelque chose...»

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