Arnaque au CO2: «Une faillite républicaine»

INTERVIEW La journaliste Aline Robert publie une enquête sur la fraude à la TVA sur le marché carbone...

William Molinié

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La journaliste Aline Robert, auteure d'une enquête sur les fraudeurs du CO2, «Carbone connexion»

La journaliste Aline Robert, auteure d'une enquête sur les fraudeurs du CO2, «Carbone connexion» — V. WARTNER / 20 MINUTES

Aline Robert, ancienne journaliste à La Tribune, est une des premières en France à avoir enquêté sur la fraude à la TVA concernant le marché du carbone (lire ci-dessous). Des escrocs se sont emparés de milliards d'euros que l'Etat peine aujourd'hui à récupérer. Dans un livre à paraître jeudi, Carbone connexion, elle dénonce l'attentisme des administrations françaises.

Comment l'Etat a-t-il pu laisser passer près de deux milliards d'euros de manque à gagner?

Les administrations ont tardé à comprendre. Même la Caisse des dépôts, qui a vu des flux d'argent étonnants entre avril 2008 et juin 2009 partant vers des paradis fiscaux, n'a pas réagi. Elle aurait pu bloquer les comptes des fraudeurs et arrêter les transferts d'argent. Elle ne l'a pas fait et s'est contentée d'alerter Tracfin (organisme du ministère des finances chargé de la lutte contre le blanchiment). Il y a un problème de responsabilité des administrations aujourd'hui en France. On a laissé s'organiser un crime, qui, au départ, était désorganisé.

Quelles leçons en tirer?

Tout le monde sait que sur certains biens immatériels, l'avance de la TVA par l'Etat reversée aux entreprises est très périlleuse. Chaque année, en Europe, 100 milliards d'euros partent dans la poche des fraudeurs. Sur des produits comme le gaz, l'électricité ou le carbone, la TVA doit être payée par l'acheteur et non le vendeur. Il faut par ailleurs mieux former la police, qui connaît mal la vie économique, alors que les principales mafias se sont tournées vers la criminalité financière. Cela étant, je ne veux pas dédouaner les fraudeurs qui sont des bandits de grand chemin.

Que révèle l'ampleur de cette fraude sur notre système économique?

C'est une faillite républicaine. Une inadvertance qui a coûté très cher. L'Etat est complètement dépassé par ces montants délirants et peine aujourd'hui à récupérer l'argent de la fraude, réinvesti à l'étranger. Michel Neyret [l'ex-commissaire lyonnais qui a été révoqué vendredi] a été corrompu par des acteurs de la carambouille. Et ça continue. Cet argent est désormais réinvesti sur des arnaques dans le gaz ou l'électricité en Europe de l'Est, ou encore dans les télécoms.
Le sujet est sensible à Bercy.

Le changement de gouvernement a-t-il fait évoluer les choses?

Pas vraiment. Car au sein de l'administration, ce sont les mêmes qui sont restés. Ils ne veulent pas se remettre en question et n'ont pas vraiment pris conscience du problème. La fraude à la TVA dans son ensemble, c'est 10 milliards d'euros par an en France. Il serait tout de même temps de s'y intéresser. Surtout à l'heure où l'Etat cherche à faire des économies.

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