VIDEO. Un an de présidence de Donald Trump : Les séries US, de la « blague » à la résistance

RESISTANCE Dans les années 1990, les séries US participent à la construction du mythe Donald Trump ; depuis son élection, Hollywood organise la résistance…

Anne Demoulin

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L'annonce de la candidature officielle de Donald Trump parodiée en 2015 par les «Simpson».

L'annonce de la candidature officielle de Donald Trump parodiée en 2015 par les «Simpson». — Capture d'écran/Fox

Hollywood misait sur la victoire d’Hillary Clinton. Comme beaucoup d’Américains, Matt Stone et Trey Parker, les créateurs de South Park, furent surpris par l’élection de Donald Trump le 8 novembre 2016. Le 7e épisode de la 20e saison de la série satirique, diffusé au lendemain de l’élection sur Comedy Central, devait initialement s’intituler, « The Very First Gentleman », en référence à Bill Clinton. Un épisode réécrit par les scénaristes en catastrophe. Les Américains ont regardé un épisode nommé « Oh, Jeez », teasé par une vidéo ironiquement baptisée « America Is Going To Be Great Again » dans laquelle Shelly proclamait que « le pays allait craindre pendant quatre ans ».

Le premier taquet de l’industrie télévisuelle au 45e président des Etats-Unis, permis par le mode de production spécifique de South Park. En un an, le monde des séries a organisé la résistance, et se paye régulièrement la tête de Donald Trump.

« On a laissé cette blague prendre trop d’ampleur »

« Personne ne pensait qu’il deviendrait président. C’était juste une blague. Mais on a laissé cette blague prendre trop d’ampleur », dit un des personnages dans le 7e épisode de la 20e saison de South Park. Les séries ont grandement contribué à rendre Donald Trump populaire. La « blague » débute dans les années 1990 lorsque l’industrie télévisuelle fait appel au milliardaire pour incarner l’archétype du self made man au travers de nombreux caméos.

Donald Trump apparaît dans son propre rôle dans la sitcom Le Prince de Bel-Air en 1994 sur NBC au bras de son épouse d’alors, Marla Maples, introduit par Geoffrey, le majordome. A sa vue, Carlton s’évanouit, Will Smith lui serre la main. « J’aime faire profil bas », lance l’homme d’affaires en saluant l’Oncle Phil. Ashley lui reproche d’avoir « ruiné la journée ». L’homme d’affaires réplique tout sourire : « Tout le monde me blâme toujours pour tout ». Cette prestation marque la volonté de Trump d’être associé à un show populaire, jeune et métissé.

Donald Trump fait la connaissance de M. Sheffield par l’entremise de Fran Fine, campée par Fran Drescher dans Une Nounou d’enfer sur CBS en 1996. Il joue encore la carte de l’humour dans une série populaire en se présentant comme un homme d’affaires irascible. Lorsque son portable sonne, il prie son interlocuteur de ne « plus jamais l’appeler sur cette ligne ». Lorsque son second téléphone sonne, il s’exclame : « C’est mieux ! ».

L’année suivante, dans l’épisode 24 de la 2e saison de Drew Carey sur ABC, Donald Trump offre aux héros de la sitcom des billets gratuits pour un match des Yankees.

« Samantha, un Cosmo et Donald Trump. Il n’y a pas plus New York que cela », lance la voix off du huitième épisode de la saison 2 de Sex and the City sur des images de Kim Cattrall lançant des œillades à la table de l’homme d’affaires. Si rien ne se passe entre la quadra nymphomane et le milliardaire, le show de HBO présente Trump en fantasme sexuel improbable.

Dans The Job en 2001, Trump croise Elisabeth Hurley dans un restaurant à New York. « Est-ce que tu te la tapes ? », demande l’homme d’affaires à son cavalier. « Non, on vient juste de se rencontrer », répond ce dernier. « Alors, appelle-moi, Liz », lance-t-il au sex-symbol.

« Une crise budgétaire importante à cause du président Trump »

Ces caméos peaufinent son image d’homme à femmes, riche, mais abordable par sa bonhomie et son humour et lui assurent la popularité nécessaire pour un billet vers la Maison Blanche, une ambition qu’il ne cache pas.

Dans la sitcom politique Spin City sur ABC en 1997, introduit par Michael J. Fox au maire de New York qui le prie de s’asseoir, l’homme d’affaires s’installe dans le fauteuil de ce dernier. La « blague » commence.

La sitcom Suddenly Susan prédit la première l’arrivée de Donald Trump dans le Bureau ovale en 1997. Sous la photo de Trump en Une du magazine de Susan (Brooke Shields), le titre « Notre futur président ?» dans le final de la première saison.

Dans le 243e épisode des Simpson sur la Fox en 2000, la famille de classe moyenne la plus célèbre des Etats-Unis est catapultée en 2030. « Comme vous le savez, notre pays a subi une crise budgétaire importante à cause du président Trump », annonce Lisa, devenue présidente. « Nous sommes ruinés ! » renchérit son assistant. « C’était un avertissement à l’Amérique », expliquait l’un des scénaristes, Dan Greaney, en mars 2016 au Hollywood Reporter.

Un bilan peu glorieux certes, mais ces séries ont préparé le public à l’idée d’avoir Donald Trump comme président comme David Palmer dans 24 Heures a préparé «  le public conservateur de la Fox à l’idée d’avoir un président noir ».

« Il vaudrait mieux que je prenne des Tic Tac au cas où »

Pendant la campagne électorale, le petit écran, comme le casting de The Westwing, a affirmé haut et fort son soutien à Hillary Clinton.

Les scénaristes des Simpson ont mené une vraie campagne anti-Trump. Dans un spot datant de juillet 2015, Trump déclare : « Mettez mon nom sur le Lincoln Memorial, faites manger un ver de terre à Chris Christie [un politicien républicain] pour rigoler, dissolvez les Nations unies et servez-moi des œufs brouillés sur une assiette en or » Sur son lit, Les grands discours par A. Hitler. « Quoi, c’est trop tard, les navires militaires chinois sont déjà là ? Eh bien construisez un autre mur ! Oui, dans l’océan, bande de nuls ! », assène-t-il encore. « Ce message a été financé par des Américains qui commencent à regretter Obama », conclut le spot.

« Trumptastic Voyage », en juillet 2015, parodie l’annonce officielle de sa candidature et s’achève par un voyage d’Homer dans sa chevelure. En février 2016, Marge faisait un cauchemar dans lequel Trump prenait le pouvoir.

En octobre 2016, The Washington Post dévoilait des enregistrements audio dans lesquels Donald Trump prononçait la fameuse sentence : « Quand vous êtes une star, vous pouvez les attraper par la chatte ».

Une conversation qui s’était tenue en coulisses du tournage de son caméo dans Days of Our Lives en 2005, lorsque le businessman avait croisé Arianne Zucker, une actrice du feuilleton. « Il vaudrait mieux que je prenne des Tic Tac au cas où je commence à l’embrasser », avait-il déclaré en parlant d’elle. Un scandale qui lui avait fait du tort.

Donald Trump « nous a volé toutes nos idées »

Le 19 février 2017, le spin-off de The Good Wife, The Good Fight, s’ouvre sur Diane Lockhart, effondrée devant sa télévision le soir de l’élection. Dans ce show, l’avocate démocrate intègre un cabinet de Chicago majoritairement afro-américain.

Le 15 janvier 2017, Homeland, met en scène « le transfert de pouvoir le plus difficile de toute l’histoire ». Comme Trump, sa présidente fictive se méfie de la CIA. Les scénaristes réécrivent les derniers épisodes pour aborder les fake news. La résistance anti-Trump s’organise.

A la rentrée, Ryan Murphy, le showrunner d’American Horror Story promet de « laisser la parole à ceux que ce gouvernement n’écoute pas et qui sont terrorisés à l’idée de voir leur vie se dérober sous leurs pieds ». Dans la  7e saison de l’anthologie horrifique, Ally voit ses phobies, notamment celle des clowns, qu’elle avait pourtant réussi à contenir, réapparaître le jour de l’élection de Trump. « La peur est une monnaie » dont la somme serait « aussi haute que la Trump Tower », jubile Kaï.

La politique dépasse parfois les pires scénarios. Depuis son élection, Donald Trump « nous a volé toutes nos idées » pour la suite d’House of Cards, ironise Robin Wright, l’interprète de Claire Underwood lors d’une conférence au Festival de Cannes, dont le personnage promettait « la terreur » à la fin de la saison 4.

« Beaucoup plus drôle que tout ce qu’on a pu imaginer »

« On a vraiment essayé de se moquer de ce qu’il se passait mais on ne pouvait pas suivre. Ce qui arrivait était beaucoup plus drôle que tout ce qu’on a pu imaginer », confient les créateurs de South Park après l’investiture au sujet de la prochaine saison de leur série satirique. « La satire est devenue réalité », poursuivent-ils.

Pour les cent jours de Donald Trump à la Maison Blanche, le 28 avril 2017, le président américain retrouve ses caricaturistes les plus fidèles, Les Simpsons. Dans la salle de presse, Sean Spicer s’est pendu, Kellyanne Conway, la porte-parole de la Maison Blanche, s’enfuit. Le président contemple le travail accompli : 700 follower supplémentaires sur Twitter, la possibilité de tuer les ours en hibernation, sa fille Ivanka qui siège à la Cour Suprême, etc.

« Lâche ton portable », implore le 2e épisode de la 21e saison de South Park au président des Etats-Unis qui tweete des provocations visant le dictateur nord-coréen, Kim Jung-un.

Les Emmy Awards, « les pires de l’histoire »

Durant les Emmy Awards, Donald Glover, créateur de la série Atlanta, remercie Trump « pour avoir fait des Noirs les premiers sur la liste des gens les plus opprimés ». Dolly Parton, Lily Tomlin et Jane Fonda évoquent une personnalité « sexiste, égotiste et un bigot hypocrite ».

Une cérémonie dominée par The Handmaid’s Tale avec huit trophées sur 13 nominations, la dystopie publiée par Margaret Atwood en 1985, qui résonne «  comme une mise en garde » dans l’Amérique de Donald Trump.

« J’ai été attristé par les mauvaises audiences des Emmy la nuit dernière - les pires de l’histoire. Les personnes les plus intelligentes sont déplorables », rétorque le président.

« Make America Gay Again »

En refermant le premier épisode (après onze ans d’absence !) avec un plan d’une casquette avec la mention « Make America Gay Again », Will & Grace, sur NBC, redonne aux sitcoms une dimension politique. Grace, décoratrice d’intérieur, y relooke le bureau ovale « pour donner l’impression que le président y passe de temps en temps ».

Dans Blask-ish, Andre, le héros afro-américain de la sitcom, livre un monologue engagé sur la condition des Noirs aux Etats-Unis : « Vous pensez que je ne suis pas triste qu’Hillary n’ait pas gagné, que je ne suis pas terrifié par ce que Trump va faire, mais je suis habitué à ce que les choses n’aillent pas dans mon sens. (…) J’aime ce pays au moins autant que vous. Ne l’oubliez pas. »

« Personne n’est plus trumpy que notre héroïne Selina. Elle prend position sans réfléchir, dit ce qu’il ne faut pas dire, se fait corriger et clôt la discussion par un gros mensonge », raconte Armando Iannucci, le créateur de Veep au Hollywood Reporter en avril.

« Nous vivons à l’ère des dynasties »

« Que ça vous plaise ou non, nous vivons à l’ère des dynasties », constate la voix off au premier plan du remake du soap opera des années 1980, Dynastie, disponible sur Netflix, sur des images des familles Kardashian et Trump.

La saison 14 de Grey’s Anatomy tacle même discrètement le président. A un patient à qui il vient d’enlever une tumeur au cerveau, un médecin demande : « Tu sais qui est le président ? ». « Je préférerais ne pas savoir », répond la patiente.

Dans la saison 3 de Supergirl, à la question est-ce que la présidente Marsdin pense que le réchauffement climatique était bien réel, la secrétaire de presse répond : « Oui, elle le pense. Elle pense aussi que deux et deux font quatre et que la terre est ronde parce que la présidente n’est pas une imbécile ». Une attaque ciblée contre Trump qui estime que le changement climatique n’est qu’un « canular ».

Au début de la saison 3 de M. Robot, Elliot brise le quatrième mur dans un monologue épique anti-Trump. «  Cela me semblait mal de ne pas le faire », explique à The Hollywood Reporter le créateur du show.

On a hâte de découvrir la minisérie de HBO, produite par Tom Hanks sur l’élection présidentielle. Au travers la voix des scénaristes, des showrunners et des acteurs s’élève la protestation hollywoodienne contre ce président controversé. Si les séries ont participé à la fabrication de la mythologie de Donald Trump, nul doute qu’Hollywood espère désormais sa destitution.